‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 171 sur 360 · LA BELGIQUE DE 1803 A · texte numérisé non relu

LA BELGIQUE DE 1803 A

s’en alla entendre en grande pompe la messe à la cathédrale de Gand. Il l’entendit à Sainte-Gadule de Bruxelles avec la même dévotion. Il inaugnniit aussi avec l’aristocratie belge une politique de coquetteries, formait à Bruxelles un semblant de cour, offrait des places dans ses administrations aux familles belges. Peu à peu, le peuple lui-même, rassuré sur sa religion, séduit même par la gloire impériale, se soumettait à la conscription : les départements belges donnèrent en 1806 et en 1807 moins de réfractaires que certains pays de France. Les souvenirs de la conquête s’effaçaient par une administration régulière, respectueuse des croyances.

Tout d’un coup, vers 1809, ils se réveillèrent. Il avait suffi de la rupture nouvelle de la France avec le Saint- Siège, des violences de Napoléon contre le pape en 1808 pour ranimer l’opposition des Belges. Elle se marqua à l’heure critique où les Anglais débarquèrent à Walcheren, en l’absence de Napoléon. Les ouvriers d’Anvers, les paysans de la Flandre se révoltaient ou faisaient des vœux pour l’Autriche. On entendait dans les cabai ets des paroles comme celles-ci : « Pourquoi se faire casser le cou pour un ambitieux comme Bonaparte. Qu’avait-il besoin d’aller en Espagne détrôner un roi? )> Après la conquête républicaine, les entreprises napoléoniennes, surtout quand elles atteignaient le pape, réveillaient et formaient le patriotisme belge. La première nouvelle d’une résistance en Espagne, l’exode de la papauté à Savone le trouvèrent tout prêt à s’émouvoir. « Ce peuple, dira trois ans plus tard 1 un préfet, n’est ni anglais ni autrichien, mais il est belge. Il serait résigné à sa qualité de français, si cette qualité n’entraînait d'immenses sacrifices en famille, en fortunes, i en opinions religieuses. » On ne peut pas dire plus nette-

i ment que la conquête, son esprit et ses charges avaient fini

en vingt ans par créer en Flandre une nation, produit singulier des idées de la France et de ses excès, favorable aux réformes, hostile à celles qui menaçaient sa religion ; née du contact ou des conflits avec l’administration républicaine et impériale.

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