‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 173 sur 360 · LA FRANCE CONQUIERT LA NATION ITALIENNE · texte numérisé non relu

LA FRANCE CONQUIERT LA NATION ITALIENNE

la grandeur passée et Tunité prochaijie de la nation italienne. <( Les Italiens sont plus grands par ce qu'ils ont été, et par ce qu’ils pourraient être, que par ce qu’ils sont. )> Cinq ans après, elle reprochait à l’Allemagne de n’être pas une nation, ayant tous les titres à l’être. Napoléon faisait mettre ses livres au pilon : trop tard. La conscience de l’Italie ne pouvait plus être étouffée. Les romantiques allemands ont devancé les appels de leur amie de Coppet. Et l’un de ces philosophes à qui de Staël reprochait de ne pas savoir écrire sur la politique ni former une nation, Fichte avait déjà donné ses discours à la nation allemande.

Sur nul peuple, peut-être, plus que sur les Italiens, ne se saisit mieux la double action successive et contrariée de la Révolution française, de ses idées, de ses conquêtes. La France leur a restitué leurs droits, donné une patrie, une cité commune. En devenant citoyens, ils se lassèrent aussitôt d’être sujets. Le sentiment de leurs droits réveilla celui de leurs intérêts. Et leur haine contre la France fut le résultat fatal des progrès qu’ils devaient à ses idées.

L’Italie, en effet, avait été à la fois délivrée et conquise. Tandis que toutes les classes de la population saluaient à Milan le vainqueur de Lodi, et jetaient des fleurs à ses soldats, les libérateurs levaient des contributions, extrayaient (( les manuscrits de l’Ambrosienne, les tableaux de maîtres des églises ». « Toute l’Italie sera notre proie, » écrivait Bonaparte à ses chefs, le 17 octobre 1796. Elle le comprit déjà, et des insurrections réprimées d’une manière sanglante marquèrent le début de cette ère de liberté. Déjà les chefs de la garde nationale lombarde fondaient la Société secrète des Rayons pour créer, avec les forces que leur avait données la France, une nation qui lui disputât son indépendance. Et Bonaparte formulait ces aspirations et ces haines quand il écrivait à Talleyrand : « C’est un peuple foncièrement ennemi des Français par préjugé, par l’habitude des siècles, par la haine. »

C’est alors que le général devint, par son ambition et la

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