‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 175 sur 360 · BONAPAËTÉ, VENISE ET ROME EN · texte numérisé non relu

BONAPAËTÉ, VENISE ET ROME EN

tice serait révoltante. » Langage et politique qui d’un général républicain pouvaient surprendre, mais qui expliquent les origines et le caractère de la HépuhUqiæ ligurienne constituée le 19 janvier 1798, Etat italien comme sa voisine, de la façon de Bonaparte, docile à ses ordres, réservée à son ambition.

Le sort qu’il avait trois mois auparavant infligé à Venise ne prouvait-il pas qu'il était, comme il avait voulu Têtre, le centre de tout en Italie? Son intérêt exigeait qu’il livrât à l’Autriche les patriotes vénitiens, tandis qu’il arrachait ceux de Milan et de Gênes à la conquête française. Dans son système tout se tenait : par l’abandon de Venise à l’Autriche, par une paix conforme à ses calculs, il prévenait une négociation prochaine entre les Habsbourg et le Directoire qui l’eût obligé à rendre la Lombardie, rançon de la rive gauche du Rhin. « Venise, selon ses propres paroles, a payé la limite du Rhin. » S’il l’eût épargnée, il perdait la Cisalpine. Mais, après tout, la responsal)ilité du sacrifice retomba sur la France : et ce fut à lui que revint l’honneur exclusif de réunir en 1807 à l’Italie la Vénétie. Tandis qu’il obligeait le Directoire à partager une nation, et notre agent Villetard à trahir les démocrates, ces (( républicains universels » qui avaient cru un instant, après la ruine du patriciat, à la liberté et aux promesses de la France, il leur offrit un asile dans la Cisalpine, l’Italie libre. Foscolo fut ainsi consolé de la ruine de sa patrie. Dandolo, dont l’émotion patriotique arrachait des larmes au vainqueur, reçut de lui plus tard le gouvernement de la Dalmalie, et crut y restaurer la gloire de Venise. La haine fut pour la France, et le pardon pour lui.

Jusque dans le Mémorial^ on retrouve la trace de cette politique habile à détacher de la Révolution les provinces et les cœurs. « L’administration du Directoire et celle du général en chef de l’armée d’Italie semblaient deux gouvernements différents. )> Elles l’étaient : on le vit bien à Rome. Contre les mauvaises traditions du gouvernement pontifical, l’absolutisme et la routine, la Révolution avait groupé

366 LES RÉPUBLIQUES ROMAINE ET PARTHÉNOPÉÉNNE. et excité la bourgeoisie lasse de la surveillance des prêtres, particulièrement des artistes comme Milizia et Geracclii, des hommes de loi. Mais cette opposition m’avait pas le nombre pour elle : la populace, fortement travaillée par les prêtres et les agents de la cour romaine, s’était jetée en 1793 sur l’envoyé delà République, Basseville, au premier encouragement qu’il avait donné aux meneurs du parti libéral. Elle demeurait dans les mêmes sentiments, lorsque le Directoire ordonna à Bonaparte, le 3 février 1797, de détruire à Rome le gouvernement des prêtres et d’en chasser le pape. Pressentant la fragilité d’une entreprise qui n’avait pas d’appui sur les lieux mêmes, le général se contenta d’occuper les Romagnes, pays de tradition républicaine, Ancône, nécessaire à ses plans sur le monde oriental; il se fit céder les légations par le traité de Tolentino (19 février 1797). Mais il refusait, en détruisant le pouvoir temporel, (( de toucher en aucune manière à la religion ». — (( Une révolution complète en Italie selon moi est impossible. Elle serait terrible par les excès et sans avantages pour le bonheur de la société. »

Contrairement aux ordres du Directoire, aux espérances de Grégoire qui se flattait le 13 janvier de voir naître la République romaine, Bonaparte comptait sur le concours du pape dompté, mais épargné, pour s’attacher les populations italiennes. La République se fit le 15 février 1798 : mais Bonaparte était parti. Son frère Joseph, laissé comme ambassadeur pour suivre sa politique conciliante, n’avait pu empêcher le meurtre du général Duphot qui décida l’entrée des troupes françaises à Rome. Le gouvernement libre établi par Berthier ne fut qu’une parodie de l’antiquité, imposée par les baïonnettes de ses soldats, un prétexte à rapines pour le Directoire, ses généraux et leurs troupes. Les chefs de la République commençaient à s’apercevoir qu’ils avaient été conquis et non affranchis. Elle disparut en un an, laissant plutôt de mauvais souvenirs. — Adoptée par les hautes classes de la société napolitaine, bourgeois et nobles, désavouée par le peuple de

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