‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 180 sur 360 · LE RÉVEIL NATIONAL EN PRUSSE · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL NATIONAL EN PRUSSE

à son imité, que la défaite humiliait. C’est alors seulement que la conquête apparut aux Allemands ce qu’elle était, une dépossession violenle, une entreprise intéressée et brutale. Jusqu’alors ils l’avaient considérée comme l’effet et le contrecoup souvent bienfaisants d’une révolution européenne. La ruine du Saint-Empire n’était pas la fin de l’Allemagne, mais celle de la féodalité : elle abaissait les barrières qui séparaient les intérêts et les consciences. La nouvelle Confédération de 1805 devenait plus germanique que l’ancienne unité romaine. La ruine de la Prusse au contraire, les procédés que Napoléon employa pour l’achever, mutilation des provinces, insultes à la royauté, contributions de guerre écrasantes pour l’Allemagne inquiète, révélèrent des appétits, des intentions qu’elle ne soupçonnait pas.

Ce fut en Prusse naturellement que d’abord le réveil se fit. « Jamais je n’ai su que j’aimais autant mon pays, » écrivait Rahel, l’amie de Schlegel. La petite noblesse de province, le nerf de l’Etat en tous les temps, vivant au milieu des paysans, respectée d’eux, associée au gouvernement local, la première « offrit son sang et ses biens pour écarter de la patrie la honte et la ruine ». Indignée depuis 1795 des progrès de l’égalité, elle avait toujours gardé à titre de ressource pour la crise suprême, comme le hobereau Marwitz l’interprète de ses sentiments et de son patriotisme, la haine de l’étranger. Le peuple, en Silésie surtout et en Poméranie, dans les dernières provinces que les troupes prussiennes eussent essayé de disputer, refusait l’impôt, enlevait les convois, fournissait même des conseils, des recrues aux partisans. Les officiers de Napoléon, Clarke, Rapp, signalent alors « l’excessive douleur vraiment nationale de la perte que fait la Prusse » (1807). La pitié des Prussiens pour leur roi dépouillé, pour leur reine qu’ils savaient depuis 1805 en communion de sentiments avec eux, contribua, comme en Espagne, au réveil du patriotisme. (( Ils me haïssent tous, » dit Napoléon, après Tilsitt.

La nouvelle de l’insurrection espagnole, de ses succès, fut pour ces haines comme un signal, tout au moins une leçon

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