LES RÉFORMATEURS PRUSSIÉNS ! STEIN
pour les patriotes, une occasion de se ressaisir et d’espérer* (( Pourquoi ne nous estimerions-nous pas autant que les Espagnols? » s’écriait alors Blücher (août 1808). « 11 faut, disait Stein le 11 août, susciter les idées insurrectionnelles, apprendre à chacun comment on peut faire naître et diriger un soulèvement national. Les événements d’Espagne font une grande sensation. » — « Nous serions indignes des fondateurs de l’Etat, écrivait Scharnhorst le 6 août 1808, si nous abandonnions sans courage le patrimoine si chèrement acquis. »
Pour ces hommes d’ailleurs, à cette date, le moment de commencer la guerre ne semblait pas encore venu. Ils avaient travaillé depuis 1806, dans le domaine restreint que la conquête française avait laissé à la Prusse, à une œuvre de réorganisation, à la constitution d’une force morale et matérielle, suprême ressource qu’ils ne voulaient pas risquer à la légère. Une première révolte du patriotisme prussien avait déterminé Frédéric-Guillaume III à renvoyer ses conseillers du parti français^ Haugwitz, Lombard ; une autre, après Tilsitt, à prendre comme ministres Stein, et après Hardenberg (10 juillet 1807). Une commission nationale, composée de patriotes et de réformateurs, Schôn, Hardenberg, Niebuhr, Altenstein, Stâgenman, avait proposé au roi une réforme totale de la Prusse à laquelle Stein devait mettre sa marque particulière.
Résolu, énergique, le 9 octobre 1807 Stein publiait l’édit qui proclamait en principe l’abolition de la sujétion héréditaire en faveur du paysan, et a faisait luire un Eldorado aux yeux des classes agricoles », sans le leur donner. Car, si les paysans des domaines royaux recevaient le droit de propriété (27 juillet 1808), ceux des seigneurs affranchis du servage personnel restaient soumis aux charges des tenures féodales. D’une façon moins absolue, moins complète qu’Hardenberg et ses amis décidés à proclamer les principes démocratiques^ Stein empruntait aux idées de la Révolution les moyens de lui résister. Ce n’était pas chez lui libéralisme, mais calcul de politique. Pour relever la Prusse, il voulait
SCHARNHORST ! L’ARMÉE NATIONALE PRUSSIENNE. 381 associer toutes les classes de la nation à la gestion des affaires publiques, réveiller en elles (iV esprit de collectivité)). Tandis qu’il faisait du paysan un citoyen, sinon un propriétaire, pour ménager la noblesse dont le conmurs était nécessaire, il offrit à la bourgeoisie le 19 novembre 1808 le droit d’administrer les villes. Et, par la même politique que soutenait aussi sa rancune de féodal contre les serviteurs des princes acharnés depuis deux cents ans à la ruine de ses pareils, il réduisait le 16 décembre 1808 les pouvoirs et le nombre des administrateurs et bureaucrates prussiens. On avait pu voir en 1806 qu’il y avait en Prusse les éléments d’une nation : Stein dégageait ces éléments, sans secousse, des entraves historiques ou administratives qui avaient encore empêché de les employer, de les connaître même. Sans imiter en tout la Révolution, il faisait ce qu’elle avait fait de la France, une nation.
Cette nation, Scharnhorst auprès de lui l’armait, aidé aussi par une commission de patriotes où entrèrent Gneisenau, Grolman. Le roi sans doute se refusait à autoriser la préparation d’une levée en masse, analogue à celle qui avait constitué les armées révolutionnaires. Mais, le 6 août 1808, Scharnhorst et Bulow faisaient décider que tous les Prussiens viendraient un mois s’exercer au régiment, que les officiers, trop nombreux pour l’armée sur pied, iraient aux jours fériés leur rappeler ce qu’ils avaient appris au corps. Ces soldats d’un mois toujours exercés, ces krümper^ cent cinquante mille hommes formaient les éléments solides d’une armée nationale. Animé des mêmes intentions que Stein, Scharnhorst aurait voulu en outre associer toutes les classes à la direction de l’armée, enlever à la noblesse le privilège de la conduire, pour qu’au jour de la revanche un souffle national entraînât à la même œuvre officiers et soldats. Gôtzen de sa propre autorité l’avait fait en Silésie : Scharnhorst obtint la suppression du privilège jusqu’au grade de lieutenant seulement. Avec von der Goltz et beaucoup d’autres, il affirmait du moins et réalisait ce principe que la Prusse se relèverait par les causes qui avaient fait la