‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 185 sur 360 · TALLEYRAND ET MKTTERNICH (DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

TALLEYRAND ET MKTTERNICH (DÉCEMBRE

Ce n’en était pas moins un fait grave pour l’Empereur, qui l’apprécia trop tard à sa valeur, que la formation d’un parti d’opposition dans son entourage; qu’un antagonisme déclaré entre lui et son principal serviteur. Ils étaient de taille à se mesurer, et en fait d’intrigue, le serviteur valait peut-être plus encore que le maître. « Des hommes retors tels que M. de Talleyrand, écrivait encore Metternich, sont comme des instruments tranchants avec qui il est dangereux de jouer. Mais aux grandes plaies il faut de grands remèdes. » — « Nous sommes arrivés, ajoutait-il, à une époque où des alliés semblent s’offrir à nous dans l’intérieur même de l’Empire; des hommes qui peuvent représenter la nation réclament notre appui. Cet appui est notre cause elle-même, notre cause tout entière » (4 décembre 1808).

Pour immobiliser l’Empereur et lui barrer la route de l’Orient, il ne restait à Talleyrand d’autre ressource que de faire appel à l’Autriche, et la solliciter d’intervenir dans le partage de FEmpire ottoman. Elle seule pourrait encore le prévenir peut-être, en tout cas le limiter. Le calcul n’était pas mauvais : placé entre deux ambitions rivales, qui depuis un an sous couleur d’alliance se querellaient, l’empereur d’Autriche pouvait devenir l’arbitre tout-puissant, capable en les opposant de les enchaîner toutes deux. Dès le début de janvier 1808, au sortir d’une conférence où Napoléon venait de lui apprendre sa décision prochaine de commencer l’affaire d’Orient, Talleyrand courait chez Metternich, lui révélait les desseins de son maître, pressait l’Autriche de prendre une décision, a II faut que nous devenions alliés, lui disait-il, et ce bienfait sera le résultat du traité de Tilsitt : quelque paradoxale que puisse paraître cette thèse, le traité vous met dans la meilleure position parce que chacune des parties contractantes a besoin de vous pour surveiller l’autre. C’est le plus vite possible qu’il faut vous en mêler; dans peu de mois on ne vous saura plus de gré de ce qui dans ce moment vous maintient au rang que vous occupez. )) On ne pouvait pas dire plus clairement au cabinet

392 ME^TERNIdH APPREND LES PROJETS DE NAPOLÉON, autrichien que, même après Tilsitt, il était l’arbitre de la question d’Orient.

Cette confidence deux fois renouvelée, à cette date, ne pouvait encore passer pour une trahison. Metternich y trouva même une teinte officielle marquée. Il put croire que l’Empereur l’avait ordonnée, lorsque le 21 janvier 1808 notifiant à Napoléon le mariage de François II, il vit celui-ci (( le faire sauter à pieds joints dans une discussion sur le sort de la Porte ottomane et l’inviter à y prendre part ». Mais la communication de Napoléon n’avait été qu’un incident, une ouverture faite en passant, au moment où il cherchait les moyens de retarder l’impatience gênante de la Russie. La confidence de Talleyrand fut au contraire la préface d’un système formé contre celui de l’Empereur.

Dans une troisième entrevue qu’il eut le 25 février avec Metternich, il fit cette déclaration qui ne laisse plus aucun doute : « Je déteste l’idée du partage de la Porte; je vous dirai même plus explicitement qu’elle est en désaccord avec mes principes politiques, mais rien ne peut en faire revenir l’Empereur. Arrêtez-vous à cette vérité, tenez-la pour certaine et que votre cour entre tout à fait dans ma manière de voir. Si j’étais empereur d’Autriche, je dirais ce qu’a dit Frédéric II du roi de France : aucun coup de canon ne se tirera en Europe sans ma permission. Voilà comme vous vous soutiendrez, comme vous sortirez victorieux de la lutte dans laquelle ont péri tant d’autres. »

Révéler au gouvernement autrichien un projet que l’Empereur n’avait encore communiqué à aucun autre confident constituait un abus de confiance; le révéler afin qu’une puissance étrangère eût le temps de s’en garantir et d’y trouver peut-être un motif et des moyens de résistance, c’était véritablement trahir.

Les événements d’Espagne au mois d’avril 1808 encouragèrent Talleyrand à poursuivre son intrigue. Ce fut aussi cette nouvelle conquête de Napoléon qui décida l’Autriche à appuyer contre lui l’opposition de ses fonctionnaires. Pour obliger l’Empereur à compter avec elle, elle

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