APPELS DE NAPOLÉON A LA RUSSIE
la patrie allemande. Autant d’étincelles d’un foyer prêt à fournir un incendie qui pouvait gagner la France ellemême. Elle remuait inquiète. Nous en avons la preuve par les confidences de Napoléon à ses ministres : « Je vois avec pitié, écrit-il, le peu de consistance de l’opinion de Paris, les craintes perpétuelles et les effets de la badauderie et de la malveillance. On a fait ce que l’on a pu pour alarmer le public ; il ne faut pas laisser voir des choses que l’art consiste à cacher (20 mai 1809). » — «J’attache beaucoup d’imporportance à ce qui regarde l’intérieur des départements, » ajoute-t-il à Fouché. Visiblement l’état moral de l’Europe et de la France le préoccupe. De toutes parts^ à Paris, en Italie, en Allemagne, il envoie des ordres rigoureux contre les mécontents.
La preuve la plus décisive, et l’effet le plus curieux de ses craintes, furent les observations qu’il fit parvenir alors par Caulaincourt à l’empereur de lUissie : « L’Autriche se sert des mêmes moyens que les gens qui avaient fait la Révolution française. M. de Stadion attaque l’autorité souveraine, l’ordre social en Allemagne, et, disant à la France que c’est à l’empereur Napoléon seul que l’empereur François fait la guerre, il paraît aussi jacobin que Marat. Dans les salons qui l’appuient les gens bien pensants travaillent contre celui qui a arrêté le torrent révolutionnaire qui menaçait tous les trônes et l’ordre social : ils ne sont autre chose que des anarchistes comme ceux de 1793. La marche que l’Autriche a suivie fait de cette affaire la querelle de tous les souverains. » Langage singulièrement nouveau dans la bouche de Thomme dont la fortune s’était faite au moyen des énergies nationales éveillées par la Révolution. Il sent contre son œuvre des forces analogues se grouper en Europe, et, comme les souverains de l’Allemagne en 1792, pour les réduire aux lois de son ambition, il fait appel au droit monarchique, à la Russie. Quel renversement des rôles, des situations ! Ce n’est plus qu’en son nom que Napoléon peut parler ainsi aux souverains d’Europe. Appuyé sur la Révolution, il parlait en maître.