‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 196 sur 360 · RAAB ET WAGRAM (JUILLET · texte numérisé non relu

RAAB ET WAGRAM (JUILLET

solides et fortifiés. C’est sa ligne de retraite. Puis il fait effectuer à ses armées un vaste mouvement concentrique. Bernadette et Vandamme descendent le Danube de Linz sur Vienne; le corps de Davout se poste à Presbourg et bombarde la ville pour être maître du pont. Le prince Eugène se rapproche, après avoir obligé l’archiduc Jean à lui livrer les passages des Alpes; il harcèle son adversaire, l’empêche de rejoindre l’armée principale qui l’attend, le bat à Raab, lorsqu’il veut livrer bataille contrairement aux ordres reçus, le 14 juin. Enfin, du fond de la Dalmatie, Marmont arrive à la fin de juin après des fatigues inouïes et des combats heureux contre le ban de Croatie, Giulay.

Alors, dans la nuit du 4 au 5 juillet, l’Empereur, par de nombreux ponts jetés en deux heures sur le Danube, fait passer le fleuve à toute son armée, et la range en bataille, au lever du jour. Dans la journée même, il essaie une attaque, selon sa tactique, contre le centre de l’armée ennemie fortement établie sur le plateau de Wagram. L’attaque échoue. L’Archiduc commit le lendemain la faute de prendre à son tour l’offensive : il avait fait le calcul d’écraser l’aile gauche de la Grande Armée confiée à Masséna, avec l’espoir de tourner Napoléon et de briser les ponts du Danube. Il triomphe de Masséna en effet, mais il dégarnit son centre sur lequel Napoléon peut alors porter tout son effort. L’armée autrichienne est obligée de battre en retraite sous le feu d’une artillerie formidable, tandis que Davout dans un élan irrésistible emporte les hauteurs de Neusiedel et de Wagram. Au moins sa retraite s’opère en bon ordre. Si elle laisse à l’Empereur le champ de bataille, elle le lui a chèrement disputé. Concentrée à Znaïm dans une forte position sur la route de Bohême, elle est encore le 10 et le 11 juillet prête à la lutte.

Wagram n’était pas léna : maître de Vienne et du Danube, Napoléon ne l’était ni de la Bohême couverte par une bonne armée, ni de la Hongrie où l’archiduc Jean pouvait en recruter d’autres, ni de la Styrie où le Belge Chasteler faisait une fière défense, ni du Tyrol où l’insurrec-

422 L’ARMISTICE DE ZNAÏM (11 JUILLET 1809) ! SES CAUSES, lion des montagnards s’était rallumée victorieusement. La victoire du 6 juillet 1809, quoique Napoléon s’en vantât à l’empereur Alexandre, n’avait pas réalisé ses espérances. L’Autriche n’était pas réduite à merci. Elle ne fut pas, selon le mot de François II, obligée de capituler. « Elle pouvait se sauver encore par des négociations appuyées par ce qui lui restait de force. Elle proposa le 11 juillet un armistice et l’obtint. »

La raison pour laquelle alors Napoléon procurait à son ennemi ce dont il avait le plus besoin, le temps de chercher des alliances et des renforts est singulièrement curieuse. De Schœnbrunn, où il s’est installé pendant cette trêve, il écrit le 30 juillet au maréchal Lefebvre. « Lorsque j’ai fait mon armistice, ç’a été principalement pour soumettre le Tyrol. Agissez de manière qu’on puisse retirer vos troupes, sans avoir à craindre qu’ils recommencent de plus belle. » Le détail des ordres qu’il envoyait à son lieutenant est atroce. (( Il faut qu’il y ait six gros villages pillés et brûlés, mais de manière qu’il n’en reste pas de vestiges. Vous exigerez qu’on vous livre 150 otages et au moins 18000 fusils et autant de paires de pistolets. Toute maison après cela dans laquelle sera trouvée un fusil sera rasée ; tout Tyrolien qui en sera porteur passé par les armes. La clémence et la miséricorde ne sont pas de saison avec ces brigands. Soyez terrible. » Ces ordres, cette méthode, c’est son procédé pour réprimer les insurrections nationales. Absent d’Espagne, c’est la consigne qu’il a laissée à son frère pour achever la victoire. Brigands du Tyrol ^ mauvais sujets d'Espagne l’inquiètent, sans qu’il l’avoue, au même degré. Leur tort est de l’obliger à éparpiller ses forces, qu’il ne peut constamment accroître. Deux cent mille hommes sont ainsi déjà immobilisés en Espagne. Les Tyroliens, à leur tour retiennent l’armée bavaroise qui serait nécessaire à l’Empereur pour enfermer l’archiduc en Bohême. Avant de l’y poursuivre, il s’arrête et laisse échapper cet aveu : « Une victoire ne finit pas une guerre. Vingt mille hommes plus ou moins bien employés peuvent changer le destin de

RÉVOLTE DU TYROL ET INCAPACITÉ DE JÉRÔME. 423 l’Europe. Sans rarmistice de Znaïm, j’eusse poursuivi le prince Charles sur Prague » (24 juillet 1809).

Si limitée qu’elle fût, la révolte des Tyroliens, douze mille hommes au plus, mais résolus à défendre un pays difficile à soumettre formait, après les affaires d’Espagne une diversion suffisante pour arrêter Napoléon en pleine victoire. Gomme en 1808, de nouveau sa fortune hésitait devant un peuple moindre que les Espagnols, mais indomptable autant qu’eux. Ainsi, peu à peu, se découvrent les écueils où le flot delà conquête française se heurte et bientôt se brisera. A ce moment en effet, en Allemagne comme en Espagne, éclatait de plus l’insuffisance des lieutenants que Napoléon avait pris dans sa propre famille. Les fautes du roi de Westphalie avaient réduit le vainqueur de Wagram, autant que la résistance du Tyrol, à l’armistice de Znaïm.

Jérôme avait reçu de son frère une mission de confiance. A la tête de l’armée westphalienne, il devait, avec Junot qui organisait les recrues de la Confédération, veiller sur l’Allemagne, couvrir la Franconie et la Saxe. Plus lent et plus irrésolu que les Autrichiens, maladroit et soldat h regret, Jérôme avait laissé passer entre ses troupes et celles de Junot obligé de se retirer précipitamment sur le Danube, le seul corps que l’Autriche eût laissé par là. Le général autrichien Kienmeyer s’était fortement établi à Bayreuth. Jérôme à son tour avait fui devant lui à Schleitz. Puis, à la nouvelle de Wagram, se figurant la campagne finie, prenant son désir pour une réalité, Jérôme avait simplement renvoyé ses troupes, et les Autrichiens, après la Franconie, avaient sans peine occupé la Saxe et Dresde (14 juillet 1809) .

Tant de maladresse et de négligence achevèrent de déconcerter Napoléon; avant l’armistice ses généraux le priaient de pousser la guerre en Bohême. Pour y frapper un coup décisif, il eût fallu que les armées auxiliaires pussent toutes à la fois s’y porter, l’armée de Lefebvre par Ratisbonne, celle de Junot par Bayreuth, celle de Jérôme par Dresde et la Saxe. Certes, c’eût été un beau coup de filet et en une fois la fin de la campagne. Mais Napoléon ne disposait

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