‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 198 sur 360 · PONIATOWSKI ET SOUWAROW A CRACOVIE · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI ET SOUWAROW A CRACOVIE

seules forces, elle l’empêcha même d’en user pour écraser l’Autriche. Le 10 août 1809, Napoléon recevait à Schœnbrunn une lettre de Caulaincourt qui lui apportait de Russie des- nouvelles menaçantes. Malgré la complicité des généraux russes et autrichiens, les Polonais avaient continué la conquête de la Galicie. Gêné par les Russes à Sandomir, Poniatowski avait reporté ses forces sur la rive gauche de la Vistule et pris Cracovie, la ville sainte des patriotes, pour objectif. Souvarow l’y suivit et prétendit au nom du tsar la lui fermer. Le lo juillet, Poniatowski entrait pourtant à Cracovie au nom de l’Empereur des Français, mais au risque de collisions sanglantes : il dut se résigner à l’occuper en commun avec ces étranges alliés. 11 était clair que les généraux russes avaient reçu l’ordre formel de s’opposer à l’émancipation de la Galicie. L’opinion à Pétersbourg se prononçait de plus en plus vivement dans le même sens. Elle accusait le tsar et son ministre de sacrifier par imbécillité les conquêtes passées à des rêves chimériques d’avenir. Et le tsar d’un ton menaçant disait à Caulaincourt : « Je veux être tranquillisé. )> Une note rédigée par Roumantsoff, le 26 juillet 1809, mit Napoléon en demeure de choisir entre les Polonais et la Russie.

Comment, sans la paix, arrêter désormais l’élan des Polonais, et poursuivre une guerre où la France serait obligée peut-être de les trahir, si elle ne voulait avoir la Russie à combattre? Si la Russie et la Prusse sans doute à sa suite se déclaraient pour l’Autriche, comment les écraser? Napoléon a beau s’irriter contre les journaux français qui montrent la Prusse et la Russie hostiles, prêtes à nous déclarer la guerre. Il fait emprisonner les journalistes. Il lui faudrait pour cacher la vérité plus de rigueur. Dans son entourage même on proclame les intentions de la Russie et de quel poids elle pèse sur la conclusion de la paix. C’est le 10 août 1809 que Napoléon a reçu de Pétersbourg l’ultimatum que contenait la note russe; et c’est le même jour qu’après avoir jusque-là fait à l’Empereur d’Autriche des réponses brutales, il ouvre les conférences d’Altenburg et met

426 ALTENBURG .* ARBITRAGE DE LA RUSSIE, son plénipotentiaire Cliampagny en présence des diplomates autrichiens, Metternich et Nugent. Sans la résistance des Tyroliens, et sans les fautes de Jérôme, il eût employé le mois de juillet à poursuivre, à écraser l’archiduc à Prague. Sans l’intervention de la Russie, il eût employé ce délai à ressaisir l’occasion manquée.

Décidément sur les champs de baLaille, comme dans les négociations, àZnaïm comme à Erfurt, les mêmes causes concouraient à paralyser la fortune de Napoléon et les efforts de son génie. Il n’est pas vaincu, il ne recule pas; mais tous ses projets demeurent en suspens. L’Espagne n’est point abattue, ni l’Autriche désarmée, encore moins réduite à merci. Le partage de l’Orient avec la Russie, la conquête de l’Egypte et de la Méditerranée orientale s’éloignent plus encore : à Tilsitt en 1807, l’Empereur parlait en vainqueur. Et le moment approche où le tsar, au début de 1810, osera prendre le ton, selon son propre aveu « d’un supérieur à un inférieur » .

Aux conférences d’Altenburg, la supériorité de la Russie allait se dessiner plus encore qu’à l’entrevue d’Erfurt. En échange des services qu’il lui avait rendus, Alexandre pouvait faire à Talleyrand l’honneur de marier son neveu à une princesse souveraine, la duchesse de Courlande. C’était le prix de ses confidences, et le salaire anticipé de celles auxquelles dans sa retraite il se disposait encore. L’on entendit, en retour, Napoléon dans les conférences pour la paix, se plaindre de Champagny, son ministre des affaires étrangères, regretter Talleyrand et s’écrier : « Tenez, si j’avais cet autre, je suis sûr que je saurais déjà ce qu’ont les Autrichiens dans le ventre. »

Ce qu’ils avaient, nous le savons, parles instructions de l’Empereur François à Metternich. Ces instructions respiraient le regret très vif d’une paix forcément onéreuse, la crainte des conditions du vainqueur, le désir surtout de recommencer la lutte^ si la Russie venait à l’aide. Et le souverain qui caressait cette dernière espérance dès le 30 juillet avait envoyé un appel suppliant à Pétersbourg. Dans

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