‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 202 sur 360 · L’ILLYRIE NAPOLÉONIENNE · texte numérisé non relu

L’ILLYRIE NAPOLÉONIENNE

lysé par des haines nationales, qui, la veille même de la paix, armaient pour un assassinat le bras d’un enfant autrichien, Frédéric Staps, Napoléon avait trouvé en lui seul des ressources et le maintien de sa grandeur. Il poursuivait victorieusement son œuvre.

Lorsqu’un mois auparavant l’Empereur examinait avec Sébastiani les moyens d’exécution de son entreprise orientale, de concert ils avaient reconnu le danger de la conduire par terre, tant que l’Autriche par Trieste et par la vallée de la Save garderait les moyens de couper au centre même l’expédition et de l’enfermer dans les Balkans. Non seulement elle en avait les moyens, mais l’intention. Elle avait armé pour nous arrêter ou nous prendre de flanc. La paix de Vienne ruinait ces espérances et ces calculs. Elle nous livrait les ports de Fiume et de Trieste, et derrière, une bande de territoire étendue qui, des confluents de la Save et de l’Unna s’étendait sur toute la Croatie et la rive gauche de ce fleuve, la haute Yallée de la Brave et Laybach. Appuyée au sud sur la Dalmatie, à l’ouest sur l’Italie, l’Illyrie française avait pour point d’appui, au nord, la Bavière agrandie de toute la vallée de la Salza, entre Salzburg et Braunau,et remise en possession duTyrol. De Passau à Laybach, Rarlstadt, Raguse, Cattaro et Otrante, l’Empire français avec ses annexes de Bavière et de Naples offrait désormais à l’Autriche et à la Turquie une ligne de défense et d’attaque formidable.

C’était enfin par le désarmement de l’Autriche que Napoléon faisait de ce traité une garantie décisive : il fallut que par des articles secrets François II s’obligeât à réduire son armée à cent cinquante mille hommes, promît une contribution de guerre de 85 millions qui de longtemps l’empêchait, en paralysant ses finances gravement atteintes par la guerre et la perte de ses ports, de reconstituer sa puissance militaire. Ainsi était atteint le but que, sans guerre. Napoléon se proposait en 1808. En lui résistant, pour l’obliger à se détourner de l’Orient, l’Autriche l’avait rapproché de la Turquie, et s’était mise hors d’état

NAPOLÉON TOUT PUISSANT : DÉFAITE DES ESPAGNOLS. 431 elle-même d’empêcher l’attaque qu’elle redoutait le plus.

(( Concevant, écrivait en 1810 Metternich, ses moyens d’action avec un sang-froid merveilleux, les employant avec une, promptitude, une habileté sans égale. Napoléon a fini par s’élever à un degré de puissance tel qu’il peut bien mettre lui-même des bornes à son ambition, mais que nulle puissance humaine ne saurait le faire avec des chances de succès qu’on pût calculer d’avance. »

Lorsqu’il décernait au vainqueur ces éloges mérités, et faisait cet aveu d’impuissance, le diplomate, que le 7 octobre 1809 François II avait appelé à remplacer Stadion, reconnaissait ainsi la vanité des illusions qu’il avait entretenues en 1808. Vanité que l’espérance d’être appuyé (( contre le plus grand des conquérants par le tsar conquérant comme lui )>. Vanité surtout que d’avoir compté sur l’énergie des peuples : « Ils vivent tous dans l’avenir. Napoléon seul agit dans le présent. Ce qu’on peut attendre du sentiment national allemand, les vingt dernières années le disent assez. » Il avait suffi de l’entêtement du roi de Prusse à rester neutre pour contenir le patriotisme germanique. Et les coups que l’Autriche avait reçus des Saxons et des Bavarois n’étaient pas les moins rudes.

Cette nation espagnole enfin qui semblait s’armer pour le salut de l’Europe pouvait-elle désormais offrir « autre chose qu’une diversion partielle à peine capable de modifier les conditions de l’ensemble » ? Qu’avait-elle obtenu de sa résistance, tandis que l’Autriche occupait l’Empereur et ses quatre cent mille hommes, que l’Angleterre lui venait en aide et que la Russie se dérobait à l’alliance de Tilsitt? Au mois de mars les généraux français avaient avec peine, mais avec succès repris la conquête du Portugal. Soult était alors à Oporto, Victor vainqueur à Mérida. Le cercle se fermait autour de Lisbonne pour interdire la péninsule aux Anglais. Un instant Wellesley l’avait rompu ayant eu le bonheur de surprendre le duc de Dalmatie pendant qu’il travaillait à échanger son titre ducal contre une place meilleure, la royauté portugaise. La rivalité de Soult et de Ney avait

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