LES ÉMIGRÉS
maîtres ; ils iront laissé le cliamp libre à la Révolution que pour la prendre à revers et mieux ranéantir. »
Tous intrigants de rancienne cour, les émigrés sont à la royauté ce que les politiques, les intrigants du parti républicain sont à l’Assemblée. Ils se considèrent comme l’avantgarde de la réaction royale, ainsi que les autres se proclament les champions de la liberté. On est suspect à leurs yeux de tiédeur, de lâcheté même si l’on n’émigre pas. Car l’émigration est une croisade. Et l’on manque à son devoir en ne la suivant pas. Résolus à ramener la France en arrière à toute force, ils sont les pires ennemis delà royauté, comme les républicains servent mal la Révolution, en la poussant trop vite en avant, et par la guerre également.
Jusqu’à la fin de 1790, Louis XVI s’est défié d’eux, de leurs conseils, de leurs audaces. La reine même a supplié Léopold, son frère, de ne pas les encourager. Et c’est le plus grand service que l’Empereur ait rendu à ses parents de France que de les écarter : l’intérêt de leur sûreté l’exigeait. D’ailleurs, le prétendu dévouement des émigrés à la cause royale n’était qu’un prétexte au rétablissement de leurs privilèges. Un certain nombre, pour revenir à l’ancien régime, aurait sacrifié la vie du roi. On comprend que Louis XVI ait longtemps refusé de les servir et de les imiter. Mais à la fin de 1790, les conseils de Marie-Antoinette l’amenèrent à intriguer comme eux contre la Révolution, à s’échapper de France pour la combattre. La fuite du roi qui se prépare dès lors, c’est aussi une émigration.
Depuis le début du règne, la reine avait sa politique, son secret^ comme les maîtresses du roi sous le règne précédent. Turgot en a été la victime. Et ce ne fut qu’à force de prévoyance et de fermeté que Yergennes réussit, mieux que Choiseiil en 1760, à disputer à l’intrigue de la reine la direction de la politique étrangère. Marie-Antoinette s’efforcait de servir l’Autriche. Elle le disait à sa mère : « c’était l’affaire la plus importante de sa vie. » La Révolution ruina un instant son crédit et son œuvre, mais bientôt elle lui fournit, quand le roi eut résolu de la combattre, l’occasion