‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 22 sur 360 · LE SECRET DE LA REINE · texte numérisé non relu

LE SECRET DE LA REINE

de le diriger selon ses vues, a Le roi n’a qu’au homme, disait Mirabeau, c’est la reine. » Pressentant ses desseins et leur suite, Mirabeau avertit en vain Louis XYJ de ne pas déclarer avec l’étranger la guerre aux Français, de ne pas fuir avec des proscrits, de ne pas devenir un proscrit luimême. Au mois d’octobre, Témigration de la famille royale était décidée, le secret de la reine formé.

Ce secret avait pour agents à l’intérieur Fersen, chargé de régler le départ de la cour à Paris ; Bouillé, commandant des Trois Evêchés, qui promettait de la recueillir à Metz. La politique étrangère était confiée à un des anciens serviteurs de la diplomatie secrète, le marquis de Breteuil. Le 26 novembre, Louis XVI lui donnait une commission officielle :

(( J’approuve tout ce que vous ferez pour arriver au rétablissement de ma couronne et au bonheur de mes peuples. » La reine avait dicté, le roi signé. L’infiuence de Marie- Antoinette augmentait chaque jour. Louis XVI hésitant, inerte, se laissait conduire, assez incapable de sentir la gravité des projets qu’il approuvait. Il n’était pas encore question d’appeler en France les armées étrangères : (( nous ne demandons à aucune puissance de faire entrer leurs troupes dans ce pays-ci. » On sollicitait seulement leur appui éventuel, dans le cas où le roi, entouré des troupes et des émigrés, serait vaincu et exposé. Tandis que la reine rassurait Louis XVI par ces réserves, elle l’entraînait au nom de la religion menacée. « C’est la religion qu’il faut mettre en avant. » Elle lui faisait accepter l’idée d’abandonner son royaume pour une croisade.

Ainsi peu à peu Louis XVI, comme son peuple, s’acheminait à la guerre, séduit comme lui par des intrigues qui la lui présentaient comme un devoir. D’une part la guerre et la croisade des peuples, de l’autre, selon les expressions de Marie-Antoinette, c la cause des rois » et la religion. Prétextes d’ailleurs dont se servaient les intrigants, partisans de la République ou de l’ancien régime, apôtres de la guerre pour les mêmes raisons. Le plus grave fut que l’intrigue de la reine acheva de se former aux dépens de

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