L4NTRIGUE ET L’ÉLECTION DE BERNADOTTE
milieux populaires et dans Tarmée, Fespoir d’une revanche contre les Russes avec l’appui de la France. Ce que les Polonais attendaient de Poniatowski, quelques officiers suédois, M. de Wrède, Mœrner, vinrent le demander à Bernadotte (25 juin). Du premier coup celui-ci avait accepté, sollicité de l’Empereur les permissions nécessaires et dépêché en Suède ses partisans.
Dès que Napoléon avait découvert son ambition, il avait décidé de rester neutre. Non pas que la candidature lui fût agréable, ou même indifférente, a Elle compromettait ses relations avec la Russie. » C’était bien assez, entre le tsar et lui, d’un motif de rupture aussi grave que les espérances hautement avouées des Polonais, groupées autour du grandduché de Varsovie. Encourager un parti de la revanche en Suède, par l’élection d’un maréchal français, eût été de la dernière imprudence, s’il ne voulait pas précipiter la guerre avec son allié de Tilsitt. Le danger lui paraissait si clair et si grand, que le 25 juillet il rappelait son agent de Stockolm, Désaugiers, pour s’être permis, à l’ouverture de la Diète, de recommander l’alliance de la France au parti national. Pourquoi, en conséquence, n’obligea-t-il pas son lieutenant à s’abstenir? Par fatalisme, a-t-on dit, et comme s’il ne se sentait plus le maître de diriger les événements à son gré. En réalité, par ce simple calcul que cette candidature improvisée en quelques jours lui paraissait, s’il ne l’appuyait, destinée à un échec inévitable, et qu’il préférait opposer plutôt à un ambitieux la force des choses que son autorité.
Le calcul était juste : le comité de la Diète, chargé des présentations, avait d’abord écarté Bernadotte par onze voix contre dix. Mais le prince de Ponte-Corvo qui s’entendait en intrigues avait fait choix, pour le représenter à la Diète, d’un intrigant de belle force, Fournier, ancien négociant failli et vice-consul à Gotbenbourg. Surprendre au ministre des affaires étrangères un passeport diplomatique, libellé de sa main, qui semblait l’accréditer auprès de la Diète, courir en brûlant les étapes à OErebro, et répandre
IMPUISSANCE ET MÉCONTENTEMENT DE NAPOLÉON. 457 le bruit que Napoléon l’envoie en secret travailler pour le maréchal, fut pour Fournier l’affaire de quelques jours. Les lettres du candidat français circulent, avec les promesses nécessaires de conversion au protestantisme, de revanche prochaine. C’est un mot d’ordre que Fournier semble avoir apporté de Paris. En quarante-huit heures, il devient le cri de ralliement de la nation. Les ministres entraînent le roi qui se refuse à boire le calice: « Ils viennent, dit-il, avec leur Bernadotte. Ils disent que l’Empereur le veut. Son chargé d’affaires agit en sens contraire. Il y a de quoi devenir fou. » Proposé par Charles XIII qui cède sans comprendre, le prince de Ponte-Corvo emporte le 21 août les suffrages de la Diète. Pour la première fois. Napoléon a fait un roi, malgré lui, contre son intérêt le plus évident. L’intrigue à Erfurt lui a soustrait son meilleur allié. A Vienne, l’intrigue encore a failli d’une guerre avec l’Autriche faire naître un conflit avec Alexandre PL A Stockholm, l’intrigue encore précipite la crise que la guerre de 1809 avait ouverte en Pologne.
Jamais l’Empereur n’avait été joué, ni desservi à ce point. Il reçut très mal le baron de Rosen qui lui apporta la nouvelle de l’élection. Il répondit sèchement au roi de Suède : « J’étais peu préparé à celte nouvelle » (6 sept. 1810). Il fit savoir immédiatement au tsar qu’il avait paU’onné le duc d’Augustenbourg, et lui en fournit la preuve. Mais sa surprise parut feinte, et ni les Russes, ni Metternich qui se trouvaient alors à Paris ne voulurent croire qu’il avait pu être trompé. « Il paraît, lui dit celui-ci, que ces complications entraient dans vos calculs, sans quoi Votre Majesté les eût évitées. »
Un instant. Napoléon songea pour dissiper le malentendu à retenir le nouveau prince royal par un coup d’autorité. Mais comment le justifier auprès des Suédois, et leur avouer surtout que sa puissance ne l’avait pas empêché d’être joué par des intrigants? Il essaya d’obtenir de Bernadotte un refus : mais peut-être eut-il peur de garder malgré lui « un ancien jacobin avec la tête à l’envers » qu’il avait trouvé toujours indépendant et suspect. Comme der-