LA CROISADE ALLEMANDE DE
est en proie à la plus terrible agitation; il en est de même en Bohême, la Westphalie, le Tyrol s’agitent. Je ne m’a- \^eugle point sur les conséquences de ces mouvements populaires : provoqués au nom de riionneur et de l’indépendance de l’Allemagne, ils ne tarderont pas à briser tous les liens politiques et sociaux. Croyez, disait-il à l’envoyé de France, que dans peu de temps l’insurrection de Prusse s’étendra jusqu’au Rhin. ))
C’était ({ une croisade allemande qui commençait, une guerre sacrée pour la patrie germanique, délivrée et unie », selon les expressions de Kœrner et de Arndt,le rêve deStein réalisé. On comprend, par le rôle que les patriotes avec le réformateur de la Prusse réservaient aux Hohenzollerndans cette croisade, l’effroi de Metternich. Le roi Frédéric Guillaume III, en voyant les Russes envahir ses provinces et da France l’inviter à les défendre, avait d’abord été repris par les mêmes angoisses qu’à la veille de la guerre. Ses conseillers lui criaient en vain : « C’est le moment : l’heure de la vengeance est sonnée. » Par timidité, il craignait de rompre avec la France, désavouait York et sa convention de Tauroggen, s’affligeait de l’influence qu’Alexandre P"* donnait à Stein : il refusait de se déclarer si l’Autriche ne l’y autorisait. « Sans l’Autriche, rien à faire. »
Ce fut dans ce dessein que le 18 janvier 1813 Frédéric- Guillanme se transporta à Breslau, attendant, pour se décider, la réponse des Habsbourg. Au lieu de prendre hardiment la direction de l’Allemagne, il semblait encore docile aux ordres que depuis si longtemps celle-ci avait attendus de Vienne. Et justement, dans ce pays de Silésie où Frédéric II avait par la conquête affirmé l’indépendance des Hohenzollern, le peuple allemand invita son successeur à remplir sa destinée, à grouper autour de la Prusse les espérances et les forces de la patrie. Le roi était sceptique, prêt à dire comme les vieux Prussiens, comme York lui-même le disait en 1808 : « L’Allemand ne se prêtera jamais à une guerre de Vendée, à des Vêpres Siciliennes. » Il fut entraîné, « incapable, selon les expressions d’un de ses agents, de