L’ARMISTICE DE PLESSWITZ. LES NÉGOCIA- TIONS DP] DRESDE ET DE PRAGUE
(4 juin-15 août 1813.)
Le 17 mai 1813, trois jours avant Bautzen, l’Empereur, gardant l’espoir de décider Alexandre V à la paix, envoyait au quartier général des alliés le duc de Yicence : il ne fut pas reçu. Mais, dès qu’après leur défaite les alliés demandèrent un armistice pour négocier, aussitôt Caulaincourt reçut l’ordre, le 26 mai, de se rendre au village de Neudorf, et bientôt les pleins pouvoirs nécessaires pour conclure une suspension d’armes de deux mois jusqu’au 1®"* août.
L’armistice de Plessw itz (4 juin 1813) était la première trêve qui se fût produite depuis un an entre Napoléon et Alexandre, après une lutte colossale dont leurs peuples de part et d’autre souhaitaient la fin. Vainqueur, le tsar n’avait pas accordé aux Russes ce répit. Vaincu, il le demandait à Napoléon : à chacune des victoires remportées par sa jeune armée, celui-ci l’olfrit et l’accepta.
La nouvelle, télégraphiée à Marie-Louise, ne pouvait qu’être agréable aux Français. Après Lutzen et Bautzen qui permettaient à leur maître de traiter honorablement, elle leur parut l’indice et la préface de la paix, « le seul vœu, le besoin le plus pressant de la France », selon les expressions de son ministre Maret. Napoléon désirait cette paix : il répétait à Caulaincourt, le 17 mai, le 18, le 26, le 3 juin 1813 : (( Cherchez à nouer une négociation directe avec le tsar. Je suis résolu à tous les moyens de rétablir la paix continentale et générale. Si je ne voulais pas traiter de la paix, je n’aurais pas la sottise de traiter d’un armistice dans le moment actuel. » L’événement a prouvé que le répit accordé par l’Empereur à ses ennemis fut une grande faute : il donna à la coalition le temps de s’entendre et de s’armer. On ne peut cependant reprocher à Napoléon d’avoir méconnu ce danger, ni la nécessité de transformer cette trêve en un traité définitif qu’il annonçait à Rapp, enfermé à Dantzig,
5i4 MÉDIATION DE L’AUTRICHE : STADION ET BUBNA. le 5 juin. Il voulait la paix, mais il la voulait d’une certaine manière qui trahit avec éclat l’obstination de ses calculs personnels.
Nous avons conservé de lui l’aveu décisif dans une lettre adressée le l®"* juin 1813 au duc de Bassano : « Quel serait dans cette paix le côté d’avantages pour moi? Car pour qu’elle paraisse honorable^ il faut qu’il y ait quelque chose pour moi. Tâchez de faire parler le comte Buhna. »
Ce diplomate autrichien était venu, de la part de François II, à Dresde, le lendemain de Lutzen, avec une lettre de son maître et des offres de paix (14 mai). D’après les calculs de Metternich, « l’heure avait sonné où l’A.utriche devait faire reconnaître sa position aux puissantes belligérantes ». Parla victoire du 8 mai, l’équilibre s’était rétabli entre Napoléon et la coalition. Aux partis en présence, l’Autriche se trouvait en mesure de vendre son alliance et de dicter ses conditions. Tandis que Stadion allait vers Alexandre et réclamait de lui, pour décider l’Autriche en sa faveur, l’affranchissement de la Hollande qui plairait à l’Angleterre, et l’extension de la puissance autrichienne jusqu’au Mincio (7 mai), Bubna demandait tout autre chose à Napoléon : l’abandon du grand-duché de Varsovie et son partage entre l’Autriche et la Prusse, l’abandon de l’Allemagne aux Allemands par la suppression du titre qu’il avait pris de Protecteur de la Confédération germanique restitution enfin des provinces illyriennes à l’Autriche.
On s’est beaucoup mépris sur les intentions de Metternich à ce moment : les uns l’ont loué de s’être montré avec Napoléon pacifique et modéré ; les autres l’ont accusé d’avoir eu deux langages, pacifique à Dresde, agressif au camp des alliés. La vérité est qu’avant de se décider pour l’un des deux partis il faisait à chacun d’eux ses conditions : connaissant les intentions de la Russie et de la Prusse, et sachant que cette guerre de conquêtes devait leur rapporter à l’une l’Allemagne, à l’autre la Pologne, il réclamait, pour les aider, l’Italie : pour être payé, il exigeait que l’Angleterre eût satisfaction en Hollande. Ce qu’il demandait à