LE PLAN DE METTERNICH : ENTREVUE DE DRESDE
En signant l’armistice, Napoléon avait demandé un congrès pour diviser ses ennemis, regagner Alexandre P"* et se venger de FAutriche. Ce fut Metternich qui lui procura ce congrès. Il obtint du tsar la permission de négocier avec Napoléon. « S’il refuse notre médiation, dit au tsar le diplomate autrichien, l’armistice cessera de plein droit et vous me trouverez dans le rang de vos alliés; s’il l’accepte, la négociation nous montrera que Napoléon ne veut être ni sage, ni juste, et le résultat sera le même, d 11 ajoutait : « En tout cas, nous aurons ainsi gagné le temps nécessaire pour établir notre armée dans des positions solides )) (17 juin 1813). S’il fallait arriver à la guerre, comme Metternich le prévoyait^ la négociation donnerait le temps à Schwarzenberg de préparer l’attaque décisive. Si, contre son attente. Napoléon revenait à la raison, à la modération, l’Autriche se gardait une ressource contre les ambitions de la Russie et de la Prusse. Ce fut avec cette arrière-pensée que l’empereur François signa (27 juin) le pacte de Reichenbach, exigeant « qu’on attendît jusqu’au 20 juillet la réponse de la France ». Pour la connaître et prendre ses mesures, Metternich s’en alla faire à Dresde, le 25 juin, une dernière reconnaissance diplomatique. 11 savait par Bubna déjà les intentions de Napoléon : il voulut s’en assurer et voir si la réflexion ne les avait pas modifiées.
L’entrevue fut chaude, le 26 juin 1813, dans le palais Marcolini. L’Empereur avait deviné les intentions de Metternich . (( La grande question pour vous est de savoir si vous pouvez me rançonner sans combattre, ou s’il vous faudra vous jeter directement au rang de nos ennemis. Vous ne savez encore bien lequel des deux partis doit vous offrir le plus d’avantages. Peut-être ne venez-vous ici que pour mieux vous en éclaircir. » Dans la bouche de l’Empereur, l’aveu est précieux : il confirme que l’Autriche lui offrit une dernière fois la guerre ou la paix. La paix aux mêmes conditions que Bubna avait formulées, restitution de l’Illyrie à l’Autriche, de la Pologne à l’Autriche et à la
520 LA PAIX AU PRIX DE L’ILLYRIE (26 JUIN d813). Prusse, (le l’Allemagne aux princes allemands. « L’offre de rillyrie, que l’Autriche désirait, eût été décisive, » dit Pasquier. Napoléon ne put, quoiqu’il ait plus tard affirmé le contraire, s’y résigner. Sa colère était grande, il la marqua en jetant violemment son chapeau à terre, de se voir à la merci de l’Autriche, obligé de lui faire, sur ses propres conquêtes, une part qu’elle n’avait pas méritée. Au lieu d’acheter la neutralité de l’Autriche, il voulut la contraindre et l’intimider. Et, pour excuser aux yeux des Français, de son armée, de son état-major las de la guerre, le refus de cette paix que son intérêt seul lui dictait, il feignit d’avoir h rejeter des conditions que ses ennemis se réservaient de faire, seulernent en cas de guerre, a Au fait, vous voulez l’Italie ; la Suède veut la Norvège ; la Prusse veut la Saxe ; l’Angleterre la Hollande et la Belgique ; la Russie la Pologne. Vous aspirez au démembrement de l’Empire français. Ma domination n’y survivrait pas. » Comme toujours, à cette heure décisive, pour couvrir son ambition et son intrigue. Napoléon fait appel à la tradition française, à la tradition de gloire et de conquête. Il présente Metternich comme un agent de l’Angleterre : c’est son thème, et jusqu’à la fin son prétexte. Céder à l’Autriche l’Illyrie, Venise peut-être, sa part de rêve et d’ambition, jamais; mieux vaut demander à la France, en l’abusant, un dernier sacrifice : « Un homme comme moi se soucie peu d’un million d’hommes. ))
Metternich sortit de l’entrevue éclairé. C’était la guerre. « C’en est fait de lui, » dit-il. C’en est fait de la France que Napoléon entraîne au combat par une dernière intrigue et un dernier mensonge. A le voir s’obstiner dans une conquête que la France ne lui demandait pas, on ne peut souscrire au propos de Maret : a S’il n’avait été conquérant, il serait devenu le maître du monde. » Le vrai, c’est qu’il eût mieux fait de se battre, et, repoussant l’Autriche, de ne pas s’obstiner à négocier. Déterminé depuis ce moment à la guerre, Metternich s’efforça de gagner vingt jours encore, pour la mieux préparer. Napoléon lui accorda jusqu’au