LA CAMPAGNE DE FRANCE
Tatteindre et de l’écraser isolément. Que lui parle-t-on de s’humilier quandil peut vaincre? Champaubert (10 février), Montmirail (11 février), Yauchamps (14 février), l’armée prussienne, coupée au centre, et décimée par tronçons, voilà ses réponses aux plénipotentiaires de Chàtillon.
Ceux-ci ne les avaient pas attendues : le 10 février une note fort sèche, rédigée par le plénipotentiaire russe depuis le 8 février, apprit à Gaulaincourt que « les conférences de Chàtillon étaient suspendues jusqu’à nouvel ordre )>. Le Congrès prenait lin par ordre de l’empereur Alexandre comme il avait commencé contre son gré. Le tsar aurait été désolé d’avoir la paix en ce moment. Il n’avait pu refuser à ses alliés d’en parler comme eux à Chàtillon : il était trop heureux de trouver le moindre prétexte pour cesser la conversation. Depuis deux mois, il poursuivait par vengeance et par calcul un plan invariable : arriver le plus tôt possible à Paris, se mettre en contact avec les Français, mériter enfin leur gratitude, en leur laissant un gouvernement de leur choix : les Bourbons s’ils en veulent. Napoléon s’ils y tiennent, Bernadette ou tel autre, pourvu que le tsar leur apparaisse comme un libérateur, respectueux de leurs droits et de leurs vœux. Car il a besoin d’eux pour imposer à l’Europe les conditions du partage qu’il espère et attend depuis 1813. Après avoir, le 13 février, dicté dans une note précieuse ses intentions à ses alliés, blâmé le retard de leurs opérations « qui ont fait le malheur de Blucher », Alexandre P"* se rendait à Pont-sur- Seine pour presser l’invasion (14 février 1814).
Ces négociations de Chàtillon n’ont paru qu’une comédie, à côté du drame singulièrement émouvant qui se joua, du 31 janvier au 31 mars, sur les champs de bataille de Brienne, de Montmirail, de Graonne, de Laon (9 mars), de Reims (13 mars), d’Arcis-sur-Aube (20 mars), de Fère- Ghampenoise (23 mars). Ces pourparlers diplomatiques semblaient plus secondaires encore quand ils reprirent une deuxième fois, du 17 au 28 février, une troisième fois, du 8 au 10 mars, une quatrième, du 13 au 19 mars,
5^4 BATAILLES ET NÉGOCIATIONS (FÉVRIER-MARS 1814). suivant et subissant les alternatives de la lutte autrement décisive par laquelle Napoléon disputa aux Alliés les seules conditions qui lui permissent encore de régner. Ce n’était plus un Congrès, mais la force qui devait régler la liquidation impériale; après le sort de l’Empire, celui de l’Empereur.
Et cependant, l’avenir de l’Europe, de la France même, sinon celui de Napoléon, va dépendre de ces conférences. Elles indiquent aux Français le prix auquel ils retrouveront la paix, aux nations européennes entraînées au delà du Rhin, des Alpes et des Pyrénées, le sort qui les attend au lendemain de leur effort.
Ce qu’il faut d’abord remarquer, c’est que, virtuellement rompu le 10 février, le Congrès de Châtillon fut repris le 17, par un acte d’initiative qui appartint en propre au duc de Vicence. N’ayant pas reçu de Napoléon l’ordre qu’il attendait, le 9 février il avait pris sur lui de proposer aux Alliés un armistice garanti par la cession immédiate des places de la rive gauche du Rhin. Et, protestant contre la rupture des négociations, il supplia Metternich et les Anglais de les rouvrir. Comme il resta sans instructions depuis le 8 jusqu’au 12 Février, qu’à cette date l’Empereur lui fit dire par Bassano : « La paix, mais sur les bases de Francfort, avec les frontières naturelles », sa démarche était toute personnelle. Elle obligea pourtant son maître à discuter au moins huit jours les conditions d’un armistice. Caulaincourt avait agi, non pas en ministre de l’Empereur, mais en Français, désireux de la paix : « Est-il juste, écrivait-il à Maret le 14 février, que je sois seul à la brèche? » Il se trompait : Maret, Bertrand auprès de l’Empereur, Joseph, son lieutenant à Paris, le baron Louis, Cambacérès, suppliaient Napoléon de céder même au prix des frontières naturelles. Le 2 mars, le^ Conseil de régence proposait à l’unanimité cette solution. Les choses même allèrent si loin que Joseph imagina quelques jours après de faire signer par tous les grands corps de l’Etat une adresse à son frère l’invitant à la paix. « Je la regarderais comme une rébellion, » répondit le