‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 24 sur 360 · LA DÉCLARATION DE PILLNITZ · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE PILLNITZ

gleterre, seule capable de surveiller pendant cette crise la Russie, se joignait à lui. « Sans son aveu, rien ne se fera, » écrivait à Marie-Antoinette Mercy, qui connaissait bien les secrets de la cour de Vienne. L’Angleterre refusa obstinément : il ne resta plus dès lors aux souverains allemands, qui avaient jeté les bases de la coalition^ qu’à replier leur bannière déjà déployée. Se rencontrant à Pillnitz, près de Dresde, ils s’accordèrent sur la nécessité d’une retraite, et sur Futilité de la masquer par des bravades diplomatiques. Ils rédigèrent une déclaration de combat contre la Révolution, en stipulant avec soin que le combat commencerait (( alors seulement et en cas que toutes les puissances sentiraient la nécessité de secourir Louis XYI ». Dans cet acte célèbre, la réserve à elle seule avait plus de valeur que tout le texte : a Alors et dans ce cas^ disait Léopold, sont pour moi la loi et les prophètes. — Si l’Angleterre nous fait défaut, le cas n’existe pas. » La ligue des souverains n’élait plus qu’une entente éventuelle subordonnée à l’accession très peu probable d’un seul d’entre eux : « L’ardeur des rois allemands se réduisait à une auguste comédie. »

Louis XVI et sa femme n’en furent pas dupes. Elle les découragea au moins autant que leur tentative de fuite avortée. « La poltronnerie du roi Louis XVI nous tirera d’affaire, » écrivait Raunitz, escomptant l’effet de cet abandon. Et de fait, trois semaines après, Louis XVI, conseillé par sa femme qui, un peu tard, songeait à l’avenir de son fils, acceptait la Constitution (13 septembre 1791). A Vienne, son beau-frère, trop heureux de ce dénouement qui le

tirait d’un mauvais pas », se prononçait énergiquement pour la paix.

Et pourtant les Français, émigrés ou républicains, préparaient la guerre plus que jamais. Commentée par l’entourage du comte d’Artois qui prenait ses rêves pour des réalités et voulait tout brouiller, la déclaration de Pillnitz parut une menace, un défi, l’acte d’iinion officielle de souverains dont elle trahissait pourtant les hésitations, l’impuissance à se mettre d’accord. Bien peu de Français

L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE, alors la lurent; la plupart ne la connurent que par le commentaire intéressé qu’en donnèrent les princes dans leur lettre du 23 septembre. La capitulation de Louis XVI et de sa femme ne leur suffit point, du moment que les émigrés et les puissances semblaient la désavouer. « C’est dans l’esprit des émigrés que la France lut la déclaration de Pillnitz et la comprit. Devant leur glose véhémente, que devenaient les savantes réticences du texte? Le public français prit cette déclaration, non pour ce qu’elle était, un expédient de chancellerie, mais pour ce que la lui donna le parti qui s’en réclamait n (Sorel). L’histoire même s’y est longtemps trompée : dans cette déclaration elle a vu le manifeste certain de la guerre déclarée par les royautés à la Révolution française. Elle ne la considère plus aujourd’hui que comme une arme, et comme l’argument suprême dont se servirent les partis extrêmes pour déterminer cette Révolution à la guerre.

Le 14 septembre, avant de se séparer, la Constituante décidait la conquête d’Avignon. Elle prenait l’offensive : « La France, écrivait Mercy, va être en état de guerre contre tous les gouvernements. Elle les menacera sans cesse d’insurrections, et ces insurrections conduiront à la conquête. Pour la prochaine législature, telle qu’elle est composée, des mesures incendiaires paraîtront la chose du monde la plus simple. »

Les élections à l’Assemblée législative se firent en effet au mois d’août, sous le coup des événements de Yarennes, de la trahison royale et des menaces des émigrés. Elles devaient être favorables au parti qui, depuis un an, réclamait la guerre contre la royauté, contre l’Europe, aux amis de Rrissot, véritable chef d’une majorité composée au même titre de Girondins nouveaux venus et de futurs montagnards, Marat, Danton, Sieyès, Robespierre. Au moment où Thouret dit à Louis XYI : « Sire, Yotre Majesté a fini la Révolution,» cette majorité en préparait une autre, contre la cour perfide, et par une guerre nécessaire. On le vit à la façon dont au premier jour les

Page 1