‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 251 sur 360 · LA SAXE SAUVÉE : TALLEYEAND TRIOMPHE · texte numérisé non relu

LA SAXE SAUVÉE : TALLEYEAND TRIOMPHE

Le 3, il préparait et signait avec Metternicli et Talleyrand lin traité secret qui, dans la forme et par le fond, consacra le triomphe de la diplomatie française.

Deux principes s’y lisaient clairement : d’abord l’engagement réciproque des nouveaux alliés, contraire à celui des Quatre, de prendre les arrangements nécessaires « avec le plus parfait désintéressement et lapins complète bonne foi )>. La modération et la justice l’emportaient sur les convoitises. L’article secret unique, qui invitait la Bavière, la Hollande et le Hanovre à chercher dans l’alliance la sauvegarde de leurs intérêts, proclamait la réconciliation des grands et des petits Etats. « La coalition, écrivait Talleyrand à Louis XVHI, est dissoute. La France marche de concert avec deux des plus grandes puissances de l’Europe, trois Etats de second ordre, bientôt tous ceux qui suivent d’autres principes et d’autres maximes que les principes révolutionnaires. Elle est le chef et l’âme de cette union formée pour la défense des principes qu’elle a été la première à prockmer. »

Et la conséquence, c’était le second engagement a d’appliquer le traité de Paris selon son but et son esprit )>, de restreindre le plus possible le remaniement de l’Europe aux conquêtes fixées par ce traité. Cette fois, l’heure semblait définitivement passée des sacrifices pour la France. Il y avait là mieuic qu’une satisfaction de vanité pour son roi restauré, plus qu’un succès de métier pour son ministre, un résultat de fait, une garantie d’une portée considérable. Dans une large mesure, Talleyrand avait réparé le mal de ses intrigues contre Napoléon, et Louis XVHI mérité le pardon de ses complots avec l’étranger. Ils avaient servi k France en Français.

Pour détruire leur œuvre, sans doute, la Russie et k Prusse pouvaient encore recourir à la force. Mais c’eût été une nouvelle, une grosse partie à jouer contre les oOOOOO hommes que s’étaient promis mutuellement les trois puissances, contre ceux que leur fourniraient encore tous leurs alliés. A supposer qu’on tentât l’entreprise, com-

566 RETOUR DE NAPOLÉON, LES RANCUNES DES BOURBONS, ment la justifier, comment l’expliquer au peuple russe surtout, aux Allemands, lassés de la guerre? Les alliés de Kalisch préférèrent éviter ces risques et ces explications. Ils cédèrent.

Talleyrand et Metternich tenaient trop à la paix pour ne pas leur faciliter le repentir. Talleyrand lui-même gardait le moyen en réserve depuis un mois, loifre à la Prusse de certains districts saxons : 800000 habitants de la Saxe septentrionale. La Prusse voulut Leipzig. Un ultimatum du 28 février l’obligea à la raison. L’Autriche de son côté abandonnait à la Russie la Galicie occidentale : ce n’était pas toute la Pologne comme le tsar l’avait rêvé, avec Varsovie et ses environs ; c’était du moins l’extension de la frontière russe jusqu’à la Yistule. Le 11 février 1815, l’affaire qui avait occupé le Congrès depuis quatre mois, au risque d’un renouvellement de la guerre, était pacifiquement réglée. Tout s’acheminait ainsi vers la conclusion définitive, lentement, lorsque, le 5 mars, M. de Metternich connut brusquement et apprit aux membres du Congrès le départ de Napoléon de Î’île d’Elbe (28 février 1815). A quinze jours près, le réveil du Lion coïncidait donc avec le succès de Talleyrand, avec le triomphe de sa politique qu’il devait compromettre.

Il y a eu dans cette diplomatie française de la première Restauration, en général si prudente, si avisée, une part de passion, de rancune qui a fait tort à son œuvre de pacification générale. Louis XVIII, personnellement, en fut responsable. On sait qu’il se refusait à écrire même le nom de Napoléon : il écrivait R. P. Le traité de Fontainebleau avec l’usurpateur fut toujours à ses yeux une convention inacceptable. Il oublia de payer au souverain de l’île d’Elbe les rentes qu’il lui devait. Il n’acceptait même pas cette souveraineté si modeste dont Napoléon semblait se contenter, le faisait surveiller par son consul de Livourne, négociait avec l’Angleterre et Metternich pour qu’on lui trouvât une prison dans l’Océan ou aux îles Sainte-Marguerite.

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