‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 252 sur 360 · LES BONAPARTE ET MURAT MENACÉS · texte numérisé non relu

LES BONAPARTE ET MURAT MENACÉS

C’était à la fois de la peiii* et de la haine, un système de vengeance qui s’étendait à tous les membres, à tous les associés de la famille impériale. Si le roi Joseph demeurait en Suisse, on exigeait son renvoi à l’autre bout de l’Europe. Soutenue par Louis XVIII, l’ancienne reine d’Etrurie disputait à l’Impératrice Marie-Louise les duchés de Parme et de Guastalla. A la prière du tsar, Talleyrand refusait la souveraineté formellement promise au prince Eugène. Le roi de Rome était retenu comme prisonnier à Vienne. Le roi de France ne pouvait accepter l’idée que Bernadotte s’établirait en Suède; il fallut les supplications de Talleyrand pour l’y faire consentir. En revanche, dès les premiers jours, Talleyrand travailla pour plaire aux Bourbons à détrôner Murat, à rétablir Ferdinand IV en Sicile. « Mon opinion se confirme, écrivait-il le 7 décembre, qu’il faut nous débarrasser de l’homme de l’île d’Elbe et de Murat. » Entre le roi et son mini&tre, ce fut, durant tout le Congrès, un système de guerre déclarée à Napoléon, à sa famille, à ses lieutenants. Ils le formulaient comme un axiome : « Delenda est Carthago. » Le principe de la légitimité, au lieu d’un instrument de paix, était ici une arme de guerre.

Tandis que l’alliance du 3 janvier 1815 se formait pour garantir le traité de Paris, elle devenait par des intrigues louches et sourdes, entre Bombelles, agent de l’Autriche, Blacas, confident de Louis XVIII, et Wellington, le signal d’une prise d’armes générale contre Murat, un démenti secret aux maximes officielles du cabinet français. Les Bourbons payaient le concours des Anglais de l’abandon des îles Ioniennes qui, dans le plan de Talleyrand, avaient dû servir d’indemnité à Murat. La Valteline et la Toscane seraient le salaire de l’Autriche. Qu’était-ce donc sinon un partage en vue d’une conquête, l’effet de l’intrigue et de la violence? Après Murat, viendrait le tour de Napoléon : « il faut tout finir d’abord, » annonçait Talleyrand.

Le 23 janvier LSI3, Murat, invoquant le bénéfice de son traité avec l’Autriche, adressait au Congrès une protesta-

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