‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 253 sur 360 · NAPOLÉON HORS LA LOI (MARS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON HORS LA LOI (MARS

lion très fondée en droit. Il^disait que, dans le traité de Paris, la paix lui avait été implicitement garantie, comme à tous les alliés de l’Autriche. Il concluait que les Bourbons n’étaient pas justifiés à rappeler la paix de Paris quand elle les servait, à l’enfreindre si elle les gênait, a Leurs convenances seraient-elles le droit? » Le roi de Naples ne se faisait pas d’illusion sur sa protestation. A l’intrigue, il opposait l’intrigue; contre les violences, il se réservait d’employer la force. On le voit alors en correspondance suivie avec Napoléon, menacé par le même complot. Le patriotisme italien, effrayé des conquêtes autrichiennes, attaché désormais à l’idée de l’unité, lui fournit des alliés dans les rangs du carbonarisme et de l’armée, le chef de la police milanaise, Luini, le général Pino. Au début de février, Murat somma le roi de France de déclarer au Congrès s’il était en état de guerre ou de paix avec lui. Dans le courant du mois, Louis XVIII répondit à cette sommation par la mobilisation de son armée, par un traité secret avec l’Angleterre et l’Autriche. Le cabinet de Vienne, le 24 février, faisait passer 150000 hommes en Italie, résolu à agir lui-même, pour empêcher les troupes françaises de passer les Alpes.

Le lendemain du jour où cet ordre fut donné. Napoléon quittait l’île d’Elbe. La première pensée des diplomates fut qu’il débarquerait en Italie pour profiter de ces complications. Mais c’étaient les Français qui l’appelaient, comme le prouvèrent son retour triomphal et la facilité de sa restauration. Il lui fallait une force qu’il ne pouvait trouver ailleurs. Les entreprises des royalistes en faveur de l’ancien régime, le mécontentement de l’armée, des fonctionnaires sacrifiés aux ultras, la fidélité de la nation aux souvenirs récents des gloires impériales, promettaient à Napoléon une revanche, alors qu’à Vienne on lui destinait une prison. Cependant l’appel que l’empereur adressait à Murat de l’île d’Elbe, avant son départ, la réponse de Murat qui au premier signal mobilisa son armée toute prête (15 mars), occupa en un mois Rome et la Toscane, et de Rimini essaya de

LA POLlTlQUEÛESBOLRBOiNS ! TRADITION ET INTRIGUE. 569 soulever le peuple italien, indiquaient nettement que les provocations et les intrigues des Bourbons avaient une part d’inlluence sur sa décision.

A la nouvelle de son retour, Louis XVJII envoya l’ordre à Talleyrand de proposer que Bonaparte « fût mis hors du droit des gens de V Europe ». a Je l’en ferai repentir, » écrivait-il à son ministre. L’Europe ratifia cet accès de colère, comme elle avait servi la vengeance des Bourbons. Une déclaration du 13 mars, signée des huit puissances, plaça (( Napoléon hors des relations civiles et sociales, comme ennemi et perturbateur du repos du monde ». Une semaine après, le 20 mars. Napoléon rentrait aux Tuileries, porté sur les épaules de ses vieux soldats; Louis XVIII était en fuite à Gand. Dans la guerre qu’il avait déclarée aux Bonaparte, il n’avait ni l’avantage ni surtout le beau rôle. Il redevenait, malgré les conseils de Jaucourt et de Talleyrand, un émigré sous la protection de l’étranger. La Restauration avait perdu le bénéfice de la situation acquise en 1814, des services qu’elle avait rendus à la France en la sauvant de l’occupation et du démembrement, de son attitude, enfin de son autorité au Congrès de Vienne. « Talleyrand n’était plus le ministre de Louis XIV. Il n’était plus que le ministre de Jacques IL »

Si le retour de Napoléon rejeta ainsi l’Europe dans la politique de fait et de force, 'la faute en fut d’abord à Louis XVIII qui, par peur et par vengeance, avait invité toute l’Europe h la guerre, malgré le droit et les traités, contre Napoléon et ses pareils. D’un coup et d’une main, il avait détruit l’édifice savant et fragile que de l’autre il avait longuement dressé à Vienne. En vain, prétendait-il que ses efforts pour sauver le roi de Saxe et perdre Murat procédaient du même principe. La vérité stricte était que ce principe servit à une œuvre de paix conforme aux intérêts de la France, à une œuvre de guerre, nuisible et réglée par des intérêts et des vengeances de famille. Tandis qu’au nom de la tradition, les ennemis des Bourbons maudissaient les traités de Vienne, ces mêmes Bourbons,

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