‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 26 sur 360 · LA CROISADE RÉPUBLICAINE · texte numérisé non relu

LA CROISADE RÉPUBLICAINE

phrase de celte adresse au roi, on peut mesurer le progrès des idées et de l’influence de Brissot. La Législative a adopté son programme d’une croisade républicaine qui renversera les trônes et celui de Louis XVI tout le premier. Elle ordonnait l’impression d’un discours ou Isnard formula ce programme, le 29 novembre 1791, en termes éloquents et menaçants pour l’Europe et Louis XVI : « Parlons aux ministres, au roi avec la fermeté qui nous convient. Disons à nos ministres que la nation n’est pas satisfaite d’eux, que par le mot de responsabilité nous entendons la mort. » On croirait déjà entendre Danton. « Disons à l’Europe que si les cabinets engagent les rois dans une guerre contre les peuples, nous engagerons les peuples dans une guerre contre les tyrans. Alors les peuples s’embrasseront à la face des tyrans détrônés, de la terre consolée et du ciel satisfait. » Un mois après, l’Assemblée confiait à Condorcet le soin de conclure : il le fit dans la forme philosophique et presque religieuse qui convenait à la propagande et pouvait déguiser les motifs secrets et véritables de cette prise d’armes : « La nation française se contentera d’avoir reconquis les droits de la nature. »

Les raisons véritables du parti de la guerre, Brissot se réservait de les dévoiler cinq mois plus tard, lorsqu’il disait : « Bien avant l’entrée de Dumouriez au ministère, j’avais prouvé que la guerre était le seul moyen de déjouer les perfidies de Louis XVI. )) Par ses conseils et son crédit, la Législative acceptait et souhaitait un conflit européen, comme l’unique moyen de détrôner le roi.

Et alors, comme au début de l’année, la royauté se reprit à souhaiter ce conflit pour se débarrasser des Assemblées. Cette fois son ministère lui-même, moins perspicace que Mirabeau, les Feuillants, Narbonne, Biron et Talleyrandl’y encourageaient. Jeunes, actifs, ambitieux ils espéraient sauver la royauté par une guerre et s’en faire un mérite. Narbonne avait trente-six ans, mais à cet âge déjà il avait trop appartenu à la cour pour se dégager des habitudes d’intrigue qui en étaient au dix-huitième siècle le vice prin-

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