L’ANGLETERRE ET L’AMÉRIQUE DU SUD
reprendre sous une autre forme. Aider le roi d’Espagne à ressaisir ses colonies, c’était très directement menacer et atteindre les Anglais.
Depuis le dix-huitième siècle, cette nation avait dirigé ses ambitions sur rAmérique du Sud. Elle avait cru la tenir et l’exploiter : mais un beau jour les Bourbons, supprimant le système des galions, ouvrant les colonies au commerce de leurs sujets, avaient ruiné la contrebande et décuplé de 1778 à 1788 les relations de l’Espagne avec l’Amérique.
Alors la Révolution française était venue éveiller les espérances des libéraux de Caracas et de Buenos-Ayres, et cela servit les desseins de l’Angleterre. Elle avait fait de la contrebande politique, prenant parti dès 1790 pour Miranda, lui donnant en 1806 une flotte et un amiral, lord Cochrane. Le 27 juin de la même année, l’expédition de Popham allait exciter la révolte de Buenos-Ayres : sans l’intervention de Liniers, la Plata passait aux Anglais. Le 30 octobre 1806, le général Grawfurt reçut l’ordre d’occuper le Chili, et au début de 1807, une expédition se préparait sous le commandement de Wellesley pour la conquête du Mexique. Toutes ces entreprises se trouvèrent suspendues par l’alliance que l’Angleterre offrit en 1808 à l’Espague contre Napoléon. Mais, à la paix, elles reprirent de plus belle, par une entente secrète avec les insurgés. Tous les hommes que la politique conservatrice des torys à Londres mécontentaient trouvèrent leur emploi dans l’Amérique du Sud : aventuriers, matelots licenciés, officiers à la demi-solde, lord Cochrane en tête, ce député radical, officier insubordonné de la marine royale, que le cabinet était heureux d’éloigner et de fournir aux colons rebelles. Comme depuis l’insurrection, les relations se rompirent entre les marchés espagnols et les acheteurs de Caracas, de Buenos-Ayres, ce fut un coup de fortune pour le commerce anglais. Les libéraux de la Plata installèrent à Londres un agent de commerce, d’enrôlement, Rivadavia. Ceux du Vénézuéla s’approvisionnèrent à la Jamaïque. Des maisons anglaises se fondèrent librement dans tous les