‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 267 sur 360 · ALEXANDRE ET LES JACOBINS D’AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE ET LES JACOBINS D’AMÉRIQUE

ports de l’Amérique : la durée de l’insurrection devint la base de leurs spéculations. Si l’on songe qu’à la même époque les Bragance, Jean YI et sa femme Carlotta, demeurés au Brésil, alliés intimement à l’Angleterre qui administrait en leur nom le Portugal, conquéraient TUruguay, exploitaient les fautes des Bourl3ons, on conçoit l’importance décisive de la revanche que les Anglais chassés de New-York se ménageaient dans l’Amérique du Sud. Le cabinet tory ne faisait pas, ne voulait pas la guerre, après 1815, en Europe. Mais il l’entretenait avec soin dans les colonies espagnoles, comme le tsar aurait souhaité la porter dans les Balkans. Si, réunis à l’Autriche, les torys obligeaient Alexandre P’' à la paix en Orient, celui-ci à son tour, s’alliant à l’Espagne, allait s’efforcer de la leur imposer en Amérique. C’était entre eux un duel engagé d’un bout du monde à l’autre.

Un dernier calcul avait déterminé le tsar : dénoncer à l’Europe les insurgés de Buenos-Ayres, comme des Jacobins, comme les héritiers impénitents de cette Bévolution française que Catherine II, pour se trouver libre en Orient, avait mise aux prises avec les puissances allemandes, c’était pour son successeur un moyen tout trouvé de reprendre la même tactique. En appelant les souverains au secours de Ferdinand VII, en jetant leurs troupes sur l’Amérique, leur attention et leurs forces se détourneraient des Balkans, mieux encore qu’au temps où les Allemands et la Révolution se disputaient le Rhin. De la Sainte- Alliance, qui avait sauvé la France, et ne servait qu’imparfaitement la Russie en Orient, Alexandre F'* s’efforça en 1817 de faire une ligue des souverains contre les insurgés d’Amérique.

Le point décisif était d’amener l’Autriche d’abord à ce projet. Il n’y a plus, déclarait Alexandre de possible qu’une union étroite entre l’Autriche et la Russie. « Endormir la vigilance de Metternich, engager l’empereur François dans une sorte d’alliance fondée sur les bases les plus sacrées », tel fut, selon Gentz, le travail du tsar à partir

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