‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 268 sur 360 · MÉMOIRE SUR LES COLONIES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES COLONIES ESPAGNOLES

de ce moment (décembre 1816). Au mois de mars 1817, il invitait l’empereur d’Autriche à une entrevue, où l’on discuterait les mesures à prendre contre les Jacobins, L’offre pouvait etre séduisante : il n’y avait pas que Ferdinand VII qui rencontrât en Amérique des rebelles. L’Autriche, en confisquant l’Italie, pour se payer de la guerre soutenue quinze ans contre la France, se heurta aux résistances d’une nation qui avait désormais repris conscience d’elle même. Metternicli, qui la visita en 1817, y constatait le travail des sectes libérales et de la propagande nationale. N’avait-il pas intérêt aies combattre, comme le roi d’Espagne voulait soumettre les rebelles d’Amérique, en invoquant, comme la Russie l’y invitait, des principes supérieurs qui masqueraient un nouveau plan de conquête ?

Dans ces conditions, Alexandre réclama un congrès de souverains. Il prépara au mois de juiu 1818 un long mémoire, rédigé par ses soins, sous ses yeux, au sujet des colonies espagnoles. L’œuvre était dans la forme de la Sainte- Alliance, « vague, obscure, mystérieuse »,dit Gentz, un cours de droit divin et de théorie politique, plutôt qu’une pièce diplomatique. Mais la théorie n’était plus celle qui avait servi depuis 1815, alors que, pour relever la France et s’attacher les peuples en Orient, le tsar confondait les devoirs des souverains, les droits de leurs sujets au bonheur. Cette fois, c’était surtout des devoirs des peuples, des droits des souverains qu’il s’agissait. Pour justifier cette évolution qui allait faire de la Sainte-Alliance une arme de despotisme, au lieu d’un instrument de liberté, Alexandre P"* invoquait un nouveau principe : le droit des grandes puissances à régler ensemble les conditions intérieures d’un État particulier, « comme, dans une nation, les individus égaux en droit sont soumis cependant aux décisions de la communauté )) . C’était toujours, selon la remarque de Gentz, un mélange des dogmes de la Religion et du Con~ trat social,, une adaptation de la politique tirée de l’Ecriture à la philosophie de Rousseau. Mais l’art était assez grand, et les formules assez vagues pour que l’auteur de la

610 LA SAINTE-ALLIANCE EN 1817 : AMÉRIQUE ET ORIENT. Sainte-Alliance pût l’employer tour à tour à restaurer, en ouvrant la diète de Varsovie (janvier 1818), la liberté des Polonais, à persuader l’Europe de s’unir contre les insurgés d’Amérique. « Voilà le mot de l’énigme, écrivait Gentz. L’Autriche et la Prusse s’étaient déclarées étrangères au grand procès américain. Elles s’en remettaient à l’avis et à la direction du cabinet britannique. Le tsar a voulu y mettre du sien. Son affection secrète pour l’Espagne lui a fourni un motif de donner à la délibération une nouvelle tournure. »

Sous sa seconde forme, la Sainte-Alliance devait paraître, quand elle se préciserait par des actes, une ligue des rois contre la liberté des peuples; une œuvre de doctrine monarchique. Malgré tout, dans cette transformation comme à son origine, elle demeurait un acte de circonstances, un instrument de la politique russe, conçu, réglé pour les desseins d’Alexandre sur l’Orient. Sous cette forme nouvelle, l’Angleterre ne s’y trompa pas et reconnut la même main; les peuples plus tard et l’histoire devaient l’attribuer à Metternich. Les Anglais dès le premier jour en signalèrent le danger à l’Autriche : torys cependant et conservateurs, mais Anglais d’abord, les ministres de Georges IV, dans ce nouveau manifeste reconnurent l’ambilion tenace de la Russie. L’Autriche ellemême se prépara a à mettre le tsar dans l’impossibilité de viser à l’extension de ses frontières ». Même transformée, la Sainte-Alliance venait si peu de Metternich qu’il prenait ses mesures contre elle.

Enfin, si elle parut inaugurer à Aix-la-Chapelle le régime des Congrès européens dont Metternich s’attribua l’honneur, un régime de discussion pacifique entre les Etats et les souverains, les propositions de la Russie à ce premier congrès n’étaient rien moins que pacifiques. La réunion d’Aix-la-Chapelle, comme les suivantes, fut une bataille, un champ clos diplomatique où la Sainte-Alliance, telle que l’avait conçue son auteur pour la guerre en Amérique et la guerre en Orient, fut réduite, paralysée par des adversaires à la fois résolus et adroits.

BIBLIOGRAPHIE

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BIBLIOGRAPHIE

Outre les ouvrages cités au cbapitre précédent, consulter :

Mühlenbeck. Etude sur les orirjines de la Sainte- Alliance. Paris, sans date.

Capefigue. La baronne de Krudener. Paris, 186G.

V. Aadleu. L empereur Alexandre et l'idée, de la Sainte- Alliance, Riga, 1886, 2 vol.

Alexandre Ri' et he Staël, Revue de Paris, 1897, janvier.

Milovanovttch. Les traités de Çfarantie au dix-neuvième siècle. Paris.

d'Haussonville. Alexandre et Metternich {Revue des Deux- Mondes, 15 mai 1862'.

Rambaud. Le duc de Richelieu en Russie et en France {Revue des Deux-Mondes, Rr déc. 1887).

Pour la révolte des colonies espagnoles, voir RibUographie du chapitre xxi.

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