‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 270 sur 360 · LES PROGRAMMES D’AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

LES PROGRAMMES D’AIX-LA-CHAPELLE

parcaître. Pour plus de sûreté, la circulaire du 25 mai 1818, adressée par les quatre puissances à leurs agents, spécifia qu’elles n’entendaient point « tenir un Congrès et permettre l’intervention d’autres princes ou cabinets ». Une s’agissait que de conférences entre les Etats signataires du traité de Paris limitées à un seul objet, l’évacuation immédiate et anticipée du territoire français. Rien déplus: le tsar serait satisfait si on l’aidait, en ayant l’air de servir son amitié pour la France, à la libérer plus tôt. Richelieu, à la première nouvelle, félicita et remercia son protecteur (( d’avoir réconcilié les souverains et posé par la Sainte- Alliance les bases d’un édifice nouveau de paix et de concorde ». Cette concession à la politique russe était sans danger; elle offrait même plus d’avantages que d’inconvénients. L’Autriche, la Prusse et l’Angleterre se créaient des titres à la gratitude des Français et, rappelant leurs troupes, leur évitaient un trop long commerce avec une nation dont le libéralisme était contagieux. Dans cette voie, essentiellement pacifique, Metternich alla plus loin encore : il décida les alliés à recevoir aux conférences les représentants de Louis XVIIL Mais, ce fut à la condition que les affaires d’Amérique ou d’Orient, les seules importantes pour la Russie, ne seraient pas abordées. Il exigea que « cette obligation fût solennellement reconnue longtemps avant l’ouverture des conférences par les quatre cours. Ainsi rien ne serait changé à l’ordre de choses existant. » Point de guerre par la Sainte- Alliance^ au profit des ambitions russes; mais dans cette union des souverains destinée, limitée à la paix, « le plus beau triomphe pour l’Autriche » dont la prudence, sans heurter le tsar, l’enchaînerait.

On pourrait s’étonner qu’Alexandre P’’ eût accepté ces conditions, si l’on ne connaissait ses arrière-pensées. Il espérait qu’en dépit des précautions de Metternich, sa politique et son programme ne pourraient plus être écartés des conférences. Que la réunion eût lieu, c’était l’essentiel. Le reste viendrait bien par surcroît’, nécessairement. Capo d’Istria, son conseiller, qui le poussait à s’occuper

614 LA LIBÉRATION ANTICIPÉE DE LA FRANCE, des Balkans, a plus grec que russe » , laissait voir ses espérances à Meiternicli lui-même. Nesselrode disait à Malvirade, envoyé de la France à Pétersbourg, le 12 juin déjà : (( Les conférences d’Aix-la-Chapelle obtiendront une véritable extension : on ne s’y occupera pas que de la France. »

La réunion fixée au 20 septembre 1818, entre les ministres des cinq puissances, Metternich pour l’Autriche, Castelreagh et Wellington pour l’Angleterre, Hardenberg et Bernstorff pour la Prusse, Nesselrode et Capo d’istria pour la Russie, le duc de Richelieu et le baron Mounier pour la France, par les projets différents qu’ils y apportaient, n’était pas un terrain d’entente, mais de discussions. La guerre en pouvait sortir aussi bien que la paix, selon la portée qu’aurait la S ainte- Alliance : Metternich avait déclaré lui-même d’avance à son maître qu’il préparait à la Russie une défaite, à l’Autriche un triomphe.

Le conflit n’apparut point aux premières conférences. Dès le 1®^ octobre, les plénipotentiaires se mirent rapidement d’accord sur la libération anticipée du territoire français. Ils avaient des ordres de leurs cours : le principe fut inscrit dans un protocole que rédigea Gentz (2 octobre) . Dans le détail, l’application se trouva cependant retardée jusqu’au 9 octobre, par la difficulté de régler le paiement des sommes dues par la France selon le traité du 20 novembre 1815. Il fallut calmer les exigences de la Prusse, avide d’argent autant que de territoire. On convint que les troupes alliées quitteraient le territoire le 30 novembre, et que les gouvernements, n’ayant plus à pourvoir leur entretien, recevraient au lieu des 700 millions prévus, 265 millions seulement. Les ratifications de cette convention, que Louis XVIII annonça à ses sujets comme un grand bienfait de la monarchie, furent fixées au 18 octobre.

Dans cet intervalle, que les fêtes données aux souverains et aux ministres ne pouvaient suffire à remplir, des discussions surgirent, la bataille diplomatique commença dès le 10 octobre. L’Angleterre ouvrit le feu : le tsar releva le défi. Metternich se prépara.

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