LE CONGRÈS DE GARLSBAD
contre la démagogie, armée pour intervenir dans les affaires des Etats. De plus, le huitième protocole de la réunion enlevait aux Chambres particulières le droit de prendre part aux discussions des souverains avec la Diète. Ces décisions consacrées par la Diète de Francfort le 20 septembre 1819 brisaient le particularisme; le gouvernement fédéral, l’Autriche pourraient intervenir légalement dans chaque Etat allemand. Les peuples étaient exclus des affaires fédérales. Metternich avait réussi a à médiatiser, à supprimer les petits Etats sous prétexte d’y poursuivre la démocratie )), disait alors un de nos ministres.
Il ne lui restait plus, en octobre 1819, pour achever la conquête de l’Allemagne, qu’à détruire, après les avoir annulés, les gouvernements constitutionnels, refuges et soutiensdel’espritparticulariste. Le moyen, c’était d’effacerl’article 13 du pacte fédéral, où se trouvait inscrite la garantie des constitutions locales. Metternich à Carlsbad offrit aux cours allemandes « la coopération de l’Autriche pour sauver, en supprimant cet article, la confédération germanique ». Il leur donna rendez-vous à Vienne le 20 novembre, avec l’espoir de leur arracher les concessions décisives sur lesquelles il voulait fonder l’hégémonie de l’Autriche.
C’est alors et dans cet intervalle que la diplomatie russe, inquiète de ses progrès, qu’Alexandre P'’, armé par sa rancune, se mirent à l’œuvre contre Metternich. Le tsar était le beau-frère du roi de Wurtemberg, qui refusait de se laisser absorber et défendait ses droits constitutionnels. Une entrevue eut lieu entre eux à Varsovie : et le lendemain, le 18 octobre 1819, la Russie adressait une note aux cabinets européens contre les empiétements de l’Autriche. Cette note encouragea aussitôt la résistance de la Bavière, dont le roi jugeait aussi sa souveraineté compromise.
Un orage se forma ainsi, au moment où le ministre autrichien espérait toucher au port : « La mer est houleuse, on peut encore sombrer, » écrivait-il le 18 octobre. Tous les moyens de suivre son plan lui parurent bons. Pour ramener la Bavière, il affirmait à Munich qu’elle allait
LA REVANCHE Dtl TSAR ! CONFÈRENCES DE VIENNE. 629
se brouiller avec Alexandre P"* : le mensonge était si gros qu’au meme moment FAutriche s’efTorçait de paralyser la politique russe, hostile à ses desseins, en lui opposant le roi d’Angleterre, électeur de Hanovre. La complicité du Hanovre et le concours de la Prusse, dont l’Autriche était assurée, lui auraient peut-être permis de renverser l’obstacle que le tsar venait de former. Mais pouvait-on attendre d’un roi d’Angleterre qu’il consentît à détruire des souverainetés constitutionnelles? « Une telle déviation de l’esprit de la confédération est impossible, » lui écrivit alors (6 décembre 1819) Gastelreagh. A la veille des conférences de Vienne, Metternich <( se sentit brusquement arrêté en plein succès )). Il disait le 13 octobre : « L’enfaut auquel je donnerai naissance h Vienne sera sage, mais horriblement ennuyeux. )> On célébra cette naissance, le 15 mai 1820, en promulguant l’acte final du Congrès de Vienne avec autant de joie que la victoire de Leipzig. En réalité, la Russie avait réussi à faire de ce prétendu succès un demi-échec pour l’Autriche. « J’attends, avouait Metternich le 4 mai, une nouvelle tempête pour reprendre, en l’arrêtant, ce que j’ai perdu. » Ce que le tsar lui avait enlevé, au moment décisif, c’était l’enjeu même de la partie qu’il avait jouée vivement, avec toutes les chances d’abord de gagner. A Vienne, il n’avait pas même osé demander la suppression de l’article 13. Les articles 57 et 58 de l’acte final dont il avait dû se contenter stipulèrent seulement que le pouvoir des Chambres, maintenues et publiques, ne pourrait plus être opposé à celui des princes dans leurs rapports avec les autorités fédérales. Metternich n’avait pas réussi à détruire les 'bases solides sur lesquelles s’appuyaient les particularistes de l’Allemagne du Sud. Alexandre P"' avait pris sa revanche : si l’Autriche lui fermait obstinément l’Orient, il avait réussi à lui fermer l’Allemagne.
Brusquement la tempête qu’attendait Metternich éclata, mais de manière encore à servir Alexandre PL L’Europe l’avait empêché de secourir Ferdinand VII : elle s’était refusée à une guerre avec l’Amérique. Le U"" jan-