‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 277 sur 360 · LA RÉVOLUTION DE MADRID (JANVIER · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION DE MADRID (JANVIER

vier 1820, une nouvelle révolution venait disputer au roi d’Espagne non plus ses colonies, mais son royaume même. Restauré, Ferdinand avaitoublié ce qu’il devait à l’armée libérale, aux juntes provinciales, ses seuls soutiens quand tout en 1810 paraissait perdu. Il avait détruit la constitution, maltraité les officiers et les troupes. Le jour où ses peuples d’Amérique s’insurgèrent, il avait eu de nouveau besoin de l’armée, la réunit à Cadix et, faute de vaisseaux, dut l’y laisser. Elle se révolta, et son exemple détermina dans le Nord surtout une insurrection générale. Pour le roi d’Espagne, cela semblait le dernier coup. Pour le tsar, son protecteur intéressé, c’était une aubaine, l’occasion d’entraîner l’Europe contre une révolution qui éclatait dans l’Europe même. Pourrait-on cette fois, comme à Aix-la-Chapelle, lui objecter la distance, prétendre que ces événements étaient étrangers aux intérêts des souverains européens?

Tout alors semblait concourir aux désirs d’Alexandre les événements et les hommes. L’assassinat du duc de Berry avait ramené en France aux affaires un cabinet qui comptait, avec Richelieu, des chefs énergiques du parti royaliste, Corbière, Villèle, Lainé, appuyés par des Chambres animées du même esprit. Ce ministère, en outre, à la différence de tous ceux qui l’avaient précédé, voulait la guerre, la cherchait. C’était l’effet d’abord de la fierté très légitime que la Restauration ressentait d’avoir en 1818 rendu à la France son rang. C’était surtout le résultat des conseils que certains royalistes, Chateaubriand et le comte Marcellus, son ami, prodiguaient à leur parti. Les poètes ne sont pas nécessairement de mauvais politiques. Plus en contact avec la nation que les parlementaires, ils peuvent sentir ses aspirations, traduire ses vœux. Chateaubriand ne s’en faisait pas faute : il répétait que les Français pourraient oublier la liberté, si on leur donnait la gloire, et que des expéditions militaires, des victoires les réconcilieraient plutôt avec la royauté que des chartes. Son langage enthousiaste trouvait de l’écho dans les Chambres et séduisait au ministère le collaborateur du duc de Richelieu aux affaires étran-

LA POLITIQUE FRANÇAISE D’ACTION EN ESPAGNE. 631 gères, le baron Pasquier, ancien bonapartiste, plus épris lui-même de gloire que de liberté.

La révolution d’Espagne était à peine connue que le j ministère français envoya à Madrid son agent de la Haye, ! la Tour du Pin, pour offrir en secret à Ferdinand VU, découragé d’abord jusqu’à subir toutes les conditions de ses sujets rebelles, les moyens de leur résister, (c une intervention militaire, dès qu’elle pourrait être utile a. Pasquier a lui-même révélé cette démarche secrète. Elle coïncida avec une déclaration de la Russie qui, dès le 6 mai 1820, faisait connaître ses intentions.

A Zea Bermudez, ministre d’Espagne auprès de lui, le tsar, dès le premier jour, avait dit : «Je persiste dans mon opinion. Mes vœnx n’ont pas changé. » Il exigea des Espagnols comme des Américains le désaveu de leur insurrection. Il demanda aux cinq souverains, signataires delà Sainte-Alliance, de leur imposer cette capitulation par l’imanimité de leurs reproches, par la force ensuite, par ce qu’il appelait Vaction de ralliance em^opéenne. Il espérait bien cette fois qu’en France une politique d’action viendrait soutenir aussitôt ses demandes.

Et il eût réussi en effet sans l’intervention de l’Angleterre. Les ministres torys tenaient à la paix pour deux raisons , d’abord parce qu’ils voulaient restaurer les finances de l’Angleterre, sans rien demander aux libéraux, surtout parce qu’ils avaient découvert les motifs secrets du zèle que la Russie déployait en faveur du roi d’Espagne.

A la déclaration russe, ils répondirent par une contredéclaration. Tout en déplorant les événements d’Espagne, comme il convenait à un cabinet conservateur, ils jugeaient inutile une démarche qui ne pourrait être continuée avec honneur que par une intervention militaire. Ils refusaient brutalement l’emploi de la force. Et pour être plus sûr que la France, agissant sans eux, ne les contraindrait pas à agir, ils la mirent dans l’embarras. Leur agent à Madrid communiqua aux ministres constitutionnels de Ferdinand YH le secret de la mission envoyée au roi par Louis XYIII.

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