‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 284 sur 360 · LA POLITIQUE DE LA RESTAURATION EN · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE LA RESTAURATION EN

tsar se croyait assuré du succès définitif. Ce fut le secret de ses complaisances avec l’Autriche.

S’il lui donnait en Italie des satisfactions, il attendait les siennes de France et d’Espagne. Son agent à Madrid n’était pas moins actif que Pozzo di Borgo. C’était un certain Bulgary, très écouté de Ferdinand VII, auteur avoué d’une intrigue que le roi forma contre ses ministres. Le chapelain de la cour, les officiers de la garde négocièrent, préparèrent alors le renversement d’un ministère modéré dont le seul tort était d’appliquer sagement la Constitution. Le 8 février 1821, Ferdinand VII accusa au conseil d’Arguellès et ses collègues de le présenter au public comme traître à ses serments. 11 demanda leur déposition. Les ministres se défendirent en donnant des preuves de la trahison royale. Dans une grande colère, feinte à ce qu’il parut, Ferdinand ordonna à son secrétaire la Puebla de faire appel à l’Europe, à la Sainte-Alliance. « Le coup, disait notre envoyé, M. de Laval, avait été monté, et bien monté par M. de Bulgary. » C’était le signal que la Russie attendait pour entrer à son tour en campagne, pour y entraîner la France.

Si le ministère français avait été plus docile, et son roi moins prudent, c’était la guerre en Espagne, après les expéditions d’Italie, selon le vœu et les calculs d’Alexandre PL Son envoyé Pozzo di Borgo excitait le parti des ultras à réclamer une intervention, la guerre pour l’honneur de la nation. Les ultras la réclamèrent avec la même ardeur que de leur côté les membres de la gauche apportaient à la demander en faveur des peuples. Seul, malgré l’avis unanime de la Chambre, le ministère repoussait la guerre. Il y avait quelque mérite : les uns lui reprochèrent de ne pas s’associer à la Sainte-Alliance, les autres de ne pas la combattre. Dans le ministère même, l’accord était loin d’être complet. Le chef, le duc de Richelieu, hésitait entre les représentants des ultras, Villèle, Corbière, Lainé qui, au mois de juillet, l’abandonnèrent pour reprendre leur liberté, et le ministre des affaires étrangères.

648 RAYNEVAL, PASQÜIER ET RICHELIEU (1821). le baron Pasqiiier, soulenii par ses collègues Siméon et Portai, autrefois décidé, maintenant hostile à une intervention en Espagne. Ce furent ces hommes, et un diplomate éprouvé, élevé par Pasquier au rang de sous-secrélaire d’État, Gérard de Rayneval, qui, pendant toute l’année 1821, appuyés par le roi, malgré les entreprises de l’Autriche, les excitations de la Russie, les colères des Chambres, les exigences des royalistes, conservèrent à la France les avantages de la paix.

Dans un mémoire présenté au conseil royal le 6 janvier 1821, Rayneval et Pasquier ont laissé à l’histoire leur justification. Les observations que le duc de Richelieu y ajouta de sa main le représentent à cette heure décisive comme un avocat discret de la politique russe, des vœux du parti royaliste. Justification et plaidoyer font sentir l’importance du rôle que la France joua, comme un véritable arbitre, entre les cabinets de l’Europe à cette époque, a C’est le cas de délibérer, disait Rayneval. Les événements présents ouvrent en quelque sorte à la politique française une ère nouvelle. La position de l’Europe est très grave, placée entre les fureurs révolutionnaires d’Espagne, de Naples, de Livourne et le système des grandes puissances. » Ce système de la Sainte- Alliance, Rayneval le jugeait comme un instrument de guerre et d’ambition. Il reprochait au tsar, a séduit par la perspective d’un noble protectorat de la paix du monde et du maintien de l’ordre, des protocoles qui entraîneraient la guerre en Europe. )> Richelieu, lui-même, convenait que la Sainte-Alliance était bien un instrument de guerre. Mais il niait que le tsar et Capo d’Istria, « ses seuls auteurs », s’en servissent pour leur intérêt. Il invoquait « leur désir amical d’avoir la France pour coopéi’atrice. Ce n’était pas en s’isolant que Louis XVIII maintiendrait la paix. » Rayneval alors, ancien élève de Vergennes, son collaborateur, s’éleva de toutes ses forces en faveur d’une politique qui avait valu à la monarchie ses derniers succès au dix-huitième siècle, qui lui procurait ses premiers avantages en ce siècle depuis le Congrès

Page 1