L’INDIGNATION DE LA FRANCE EN
l’inaction. Les gouvernements, ajoutaient-ils, ne sont jamais si près de leur chute que quand ils sont méprisés de ceux de qui ils doivent se taire obéir. » Il fallait lui donner la o-loire qu’elle voulait ou se déshonorer. Que le tsar se prononçât : à Paris on était prêt. Rotchoubey répondit le to novembre que le tsar ne ferait pas la guerre, mais que cette «-uerre était possible. Son ambition, en effet, cachée sous le voile de la religion, servie par les circonstances, irritée de l’opposition de l’Autriche qui dénonçait la Sainte- Alliance après l’avoir exploitée, ne se consolait pas de perdre cette occasion. Sa prudence, après la désertion de la Prusse, n’osait risquer la partie.
La France ne comprit rien à ces calculs qui paralysaient ses espérances. Elle accusa Pasquier de trahison, Richelieu de servilité à l’égard de la Russie, Louis XVIII de faiblesse. Lorsque les Chambres se réunirent le 21 novembre, la discussion de l’adresse au roi provoqua une attaque de la double opposition de droite et de gauche qui réclamait la guerre. Des ultras comme la Bourdonnaye, de Castel-Bajac ou Vaublanc, l’orateur des libéraux, le général Foy, félicitèrent, avec une ironie qui décelait leur rancune, le roi de ses relations « amicales » avec les puissances, de la paix,
« pourvu qu’elle ne fût pas incompatible avec l’honneur de la nation et la dignité de la couronne ». On reprochait au ministère son abstention dans les affaires d’Espagne, d’Italie de Grèce. « Que pouvions-nous faire? riposta habilement de Serre, le général Foy nous accuse de ne pas soutenir les peuples, M. de la Bourdonnaye de ne pas avoir agi contre eux. » La réplique était Juste : elle aurait porté, si la coalition qui vota malgré tout l’adresse, interprète du vœu général, avait été capable de discuter de sang-froid.
Comme toujours, la nation française et ses mandataires ne raisonnaient pas ; ils sentaient un vif besoin de gloire et de conquête. Ils prenaient pour du patriotisme leur désir de voir la France commander à l’Europe, aux souverains et aux peuples ; sur ce terrain, ils étaient unis. « Cette adresse, disait M. de Chauvelin, va permettre au
674 LA CHUTE DU MINISTÈRE RICHELIEU (DÉC. 1821). ministre d’influer avec plus de poids, au nom de la France, dans la balance politique. Il devait arriver le jour où la France cessant d’être divisée par des dissensions, tous les hommes qui ont quelque attachement à leur pays réuniront leurs talents et leurs efforts pour le salut de la patrie. » Dans ce langage d’un royaliste, on retrouvait les théories des hommes de la Révolution, celte confusion des intérêts de la France et de sa gloire qui pour de longues années devait former, avec le dogme ancien des frontières naturelles, le dogme essentiel du patriotisme français.
Une intrigue préparée depuis six mois acheva la défaite du ministère, et le triomphe de cette politique étrangère. Le ministère Richelieu, mis en minorité dans les Chambres, fut combattu auprès du roi par la comtesse du Chayla, par le comte d’Artois et les ultras. En vain Richelieu rappela à Monsieur la promesse qu’il lui avait faite de le soutenir. Il dut démissionner le io décembre 1821, et le roi laissa à son frère le soin de dresser la liste de ses successeurs : Villèle aux finances, Corbière à l’intérieur, Montmorency aux affaires étrangères, le duc de Rellune à la guerre, Clermont-Tonnerre à la marine, bref un ministère de combat au dedans contre les libéraux, au dehors contre l’Europe. Le remplacement de Decazes à l’ambassade de Londres par Chateaubriand ne fut pas un acte moins significatif : depuis un an, le grand écrivain rappelait aux Rourbons, à son parti la nécessité de la guerre et depuis trois ans, c’était d’Angleterre toujours qu’étaient venus à Louis XVIII des conseils contraires. Relie réponse à l’hostilité de la Prusse et des Anglais que le crédit donné à Chateaubriand, et leçon excellente pour le tsar irrésolu que la chute de son ami Richelieu. Malgré l’Europe, qui intimidait Alexandre, la France seule, s’il le fallait, affirmait sa volonté d’agir.
Mais brusquement le nouveau ministère lui proposa, pour la satisfaire, un autre objet que les affaires d’Orient et l’indépendance de la Grèce. La tâche était délicate pour une coterie d’ultras qui commençait une campagne acharnée contre les libéraux et les libertés, qui niait les principes