METTERNICH A VÉRONE : GRÈCE, ITALIE, ESPAGNE
L’approche du Congrès de Vérone devait paraître redoutable. Que diraient les Anglais de cette prétendue sagesse des torys obstinés à la paix, quand ils verraient la France conduire au delà des Pyrénées ses armées chassées autrefois d’Espagne, après sept ans d’efforts inouïs, par les armées anglaises? N’applaudiraient-ils pas cette thèse soutenue par les whigs depuis 1819, par Brougham et lord Russell, que le cabinet avait réduit le royaume « au rang d’une puissance de second ordre )>. Et si, après avoir soutenu Ferdinand Vif à Madrid, la Sainte-Alliance lui donnait en outre son concours aux colonies, quelle colère dans la nation, quel écroulement pour le ministère abandonné de ses amis! Il fallait bien suivre Metternich à Vérone, pour l’aider à conclure en Orient la paix, pour l’imposer au tsar. Mais quelle paix que celle qu’on allait acheter au prix d’un réveil, d’une action militaire de la France en Espagne, de l’Europe peut-être en Amérique ! Ces perspectives hâtèrent certainement la mort de Castelreagh : il ne put survivre à la ruine prochaine, totale, de son système. Les affaires étrangères passèrent aux mains de Canning : Wellington partit pour le Congrès qui se trouva retardé jusqu’au mois d’octobre. Malgré leur intention formelle de n’y traiter que la question d’Orient, ils furent obligés de subir la loi générale. « L’Espagne, selon le mot de Gentz, occupa presque entièrement l’assemblée. » Canning n’eut qu’une ressource, déclarer que Metternich « était le plus grand coquin, le plus effronté menteur qu’il y eût sur le continent. » Metternich eut tout le profit et tout l’honneur encore des décisions de Vérone.
Dès le début, la Russie se montra aussi docile qu’il le pouvait souhaiter dans les Balkans. Elle accorda même qu’on ne discutât pas officiellement les affaires d’Orient. On les régla confidentiellement entre ministres et souverains d’Autriche et de Russie, Tatischeff, Metternich, Nesselrode, de manière à rétablir la paix entre le tsar et le sultan. Grâce à ce système, « pas une voix ne put s’élever au Congrès en faveur des Grecs, n Le 6 décembre, Fran-