PROGRAMME ET INSTRUCTIONS DEVILLÈLE (AOUT
çois et son ministre se flattaient d’avoir étouffé cette affaire dangereuse, réduit au silence et au calme ce peuple gênant.
En même temps, le 3 décembre, ils convoquaient les princes italiens, les détachaient de la France, les décidaient à garder les troupes autrichiennes et, sous prétexte de combattre la Révolution italienne, proposaient d’établir à Plaisance une commission centrale, analogue à celle de Mayence. L’unité de l’Italie se préparait sous le joug et au profit de l’Autriche.
D’Alexandre Metternich avait obtenu une concession plus grande encore. Il connaissait son désir de lier la question des colonies espagnoles à une intervention en faveur de Ferdinand VII. Il lui persuada qu’il ne fallait pas pousser l’Angleterre à bout par cette menace : c’était toujours le même art de limiter, pour le succès présent de ses desseins, le terrain des ambitions dont il excellait à jouer. Et il fut assuré, du moins pour quelque temps, de n’être pas entraîné à une rupture avec l’Angleterre.
Tout lui réussissait : sans le concours d’Alexandre, ce n’eût pas été chose aisée que de faire accepter à la France cette décision. Les plénipotentiaires de Louis XVIII, Montmorency et Chateaubriand, avaient reçu à ce sujet des instructions formelles, datées du 31 août 1822. Plus prudent qu’eux, moins belliqueux aussi, le ministre Villèle craignait qu’une action de la France au delà des Pyrénées ne fournît aux Anglais l’occasion d’envahir les colonies de FAmérique du Sud. Il aimait mieux renoncer à la guerre en Espagne que de livrer un monde à l’Angleterre, a en lui procurant le moyen d’y prendre des avantages pour son commerce, aux dépens des autres nations ». L’ordre fut donné à nos envoyés de « refuser toute intervention avant que l’Angleterre, toujours adroite à tirer son épingle du jeu, n’eût pris l’engagement de ne rien chercher, de ne rien acquérir en Amérique. » « Mais, s’écriait Metternich, dès le 25 octobre, ce serait lier la question des colonies à celle d’Espagne, et cela était impossible. »