‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 300 sur 360 · MONTMORENCY ET CHATEAUBRIAND A VÉRONE · texte numérisé non relu

MONTMORENCY ET CHATEAUBRIAND A VÉRONE

Chateaubriand s'est vanté d’avoir dépassé les instructions qu’il avait reçues. Montmorency était venu à Vérone furieux d’avoir vu la présidence du Conseil donnée à Villèle, résolu à désobéir à un chef qu’il n’acceptait pas. Tous deux étaient d’ailleurs convaincus « qu’il suffirait d’une année de cinquante mille Français sur l’Ebre pour arracher l’Amérique elle-même aux Anglais et aux insurgés. » Ils oublièrent parfaitement les réserves qu’on les avait chargés de formuler, et, loin de subordonner l’action de la France en Espagne à un règlement des affaires coloniales, ils la voulurent immédiate : ils demandèrent au Congrès de Vérone un mandat d’exécution contre les insurgés espagnols. Ils n’attendirent même pas qu’on le leur offrît (20 octobre 1822). Ils se privaient du droit d’en discuter les conditions.

Mais aussi à leurs yeux quel honneur pour la France d’être prise comme arbitre par l’Europe au même titre que l’Autriche en Italie! « Bien conduite, elle dictera encore des lois )), écrivait Chateaubriand, et il se flattait de la conduire ainsi à la gloire par la guerre. Les flatteries dont le tsar, aussitôt après son arrivée, l’avait entouré, lui et son collègue, n’étaient pas étrangères à la joie de l’écrivain vaniteux, fier « d’être traité d’égal et d’ami par ce puissant de la terre ». a Les âmes, écrivait Chateaubriand, sont égales entre elles. » Il y avait chez ce royaliste de génie décidément tout ce qu’il fallait pour engager la Restauration dans une politique analogue à celle de la Révolution : la passion de la liberté, de la gloire et même de l’égalité. Au moment où il proposait de combattre pour Ferdinand VU, il demanda au tsar d’effacer le partage de la Pologne, d’affranchir « notre chère Athènes ». Tout était bien, pourvu qu’on eût la guerre et la gloire. Alexandre P% protestant de son désintéressement, de son amour de la paix et de l’ordre, conduisit où il voulut ce Danton de la monarchie, tandis que celui-ci s’imaginait conduire l’Europe. « L’Autriche nous sert, la Russie est à merveille, » écrivait Chateaubriand, le 31 octobre 1822.

Page 1