EMBARRAS DE CHATEAUBRIAND; EXIGENCES DU TSAR
(( Si l’on veut tout précipite)*, si l’on nous pousse, en comptant pour rien les obstacles que présentent nos intérêls nationaux et les formes de notre gouvernement, mal à propos, on brisera mon système, on m’obligera à me retirer et tout changera avec ma retraite. »
Une manœuvre de l’Autriche, calculée pour plaire au tsar quand la France se montrait indocile et pour obliger Louis XVIII à se soumettre, justifia sa prévision. A la fin de 1823, sur les conseils de Metternich, le ministre des affaires étrangères d’Espagne, O’falia demandait aux puissances signataires de la Sainte-Alliance la réunion à Paris d’un Congrès européen, analogue aux conférences de Vérone. Canning ne se trompait pas en disant qu’il reconnaissait dans cette note jusqu’à la main de Metternich. Le chancelier autrichien mettait ainsi la France en demeure de choisir entre les conférences de non-intervention, et celles où la Sainte- Alliance pourrait décider une coopération armée, entre les puissances maritimes et continentales, entre Canning et lui.
La situation de Chateaubriand devenait chaque jour plus difficile. Rompre avec la Sainte-Alliance, c’était perdre le profit des victoires qu’il attendait de son entente avec le tsar. Et la suivre jusqu’en Amérique, c’était se perdre en France. Le 5 juin 1824, les instances de l’ambassadeur d’Autriche, Vincent, décidèrent Chateaubriand à tenter une démarche au nom de la Sainte-Alliance auprès de Canning. Il se fit à Londres l’avocat du Congrès que réclamait l’Espagne. Canning, deux fois à huit jours d’intervalle, refusa de l’entendre (11-18 juin). N’était-il pas en droit de se plaindre des contradictions du gouvernement français qui six mois auparavant approuvait ses plans, et les désapprouvait ensuite? « Démarche intempestive^'» disait Polignac lui-même qui avait quitté son poste le 28 mai pour n’y être pas associé, u II aurait fallu, écrivait Villèle, apporter plus de réserve et n’avoir pas l’air de dicter à l’Angleterre un ultimatum de la Sainte-Alliance. » Ce n’était ni le rôle, ni l’intérêt de la France. »