CHATEAUBRIAND SACRIFIÉ A VILLÈLE (JUIN
Décidés plus que jamais à s’entendre avec le cabinet de Londres, Villèle et Polignac, incapables d’ailleurs de désavouer leur colb'gLie ou leur chef, prirent le parti de l’obliger à la retraite. Ils saisirent la première occasion, une discussion d’alfaires et de finances. Chateaubriand, aigri par l’opposition que Villèle lui faisait dans son propre ministère, lui rendait la pareille en désavouant sa politique financière, et ses faveurs aux émigrés. Sa réserve dans les discussions que le cabinet eut à soutenir contre les Chambres pour ses projets de conversion ou de septennalité des assemblées parut d’autant plus une rupture avec Villèle qu’il avait dans le conseil approuvé ces mesures. Le prétexte fut saisi par les adversaires de sa politique étrangère qui voulaient se débarrasser de lui : on le représenta au roi comme un ministre indocile, un mauvais serviteur. Le 6 juin 1824, Louis XVIII lui donnait assez durement son congé, et chargeait par intérim Villèle de la politique extérieure. La conclusion de cette lutte intestine dans le Cabinet en marqua le caractère et la portée. Ce n’était pas un désaccord sur la direction des affaires intérieures qui rejetait Chateaubriand dans l’opposition : il était en réalité vaincu par Ganning, renvoyé pour son refus d’adhérer à la politique de non-intervention, adoptée déjà par Villèle.
Metternich crut avoir lieu d’abord de se féliciter de son départ : n’était-ce pas lui qui prêchait la guerre aux Français, à la Restauration, calculant avec Pozzo di Borgo les chances d’une revanche sur le Rhin? Sa chute parut à l’Autriche comme une nouvelle victoire sur la fièvre révolutionnaire que l’écrivain avait réussi à inoculer aux royalistes. « Elle ne fera sensation, disait-il, qu’à Saint-Pétersbourg. )) Elle devait faire à Londres une sensation au moins égale et réjouir Canning singulièrement. Metternich avait pensé que le ministère tory, avec Liverpool et Wellesley, obligerait ensuite Canning comme Chateaubriand à la retraite. « Il est au fond en lutte avec ses collègues, » écrivait-il avec confiance, s’imaginant avoir fait coup double.