‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 31 sur 360 · DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

DUMOURIEZ

guerre qu’escomptaient les factions rivales paraissait surtout impossible. Il fallait un très habile homme pour ce rôle : Dumouriez le sollicita et l’obtint. Fils d’un commissaire des guerres sans fortune, pour parvenir il avait beaucoup intrigué en Corse, en Portugal, en Pologne où la diplomatie secrète l’employa. Son habileté, qui ne lui avait encore rapporté que le poste de gouverneur de Cherbourg, attendait une occasion; son ambition, des emplois plus élevés. La Révolution, les intrigues des partis, la guerre que ces intrigues avaient formée les lui offraient : nul n’était plus apte à satisfaire tout le monde en ne servant que sa propre fortune. Associé par Gensonné aux projets de Brissot et des Girondins, il persuadait à la cour, par l’intendant Laporte, dépositaire de ses secrets, qu’il se liait aux républicains pour les tromper. 11 jouait delà Révolution comme de Retz de la Fronde, a II fut l’homme unique dans une situation où des intrigants seuls pouvaient réussir. )>

Mais il fut aussi l’homme de la tradition. Dans la guerre de Sept ans où il servait contre Frédéric II, comme beaucoup d’officiers français, il avait fait des vœux pour la Prusse. Réformé en 1763, par haine de l’Autriche il s’était lié avec Favier, le grand théoricien de la diplomatie secrète. En 1790, il était allé aux Pays-Bas, avec l’espoir de le.s enlever aux Habsbourg. Fidèle admirateur du passé de la France, il n’eut pas à rendre compte du sien pour être investi de la confiance de la nation immédiatement. Il lui suffit, pour être populaire, d’avoir formé un plan d’attaque contre l’Autriche, conçu selon toutes les règles des guerres du dix-septième siècle.

Se tenir sur une exacte défensive partout oii des montagnes comme les Alpes, les Pyrénées, la mer ou une rivière comme le Rhin présentaient des barrières naturelles et porter la guerre ailleurs, pour prendre la Savoie et les Pays- Bas jusqu’au Rhin, ce n’était pas une conception très originale. C’était le programme depuis longtemps classique des opérations de la France en Italie et en Belgique, l’offensive habituelle pour l’acquisition des frontières naturelles.

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