LA DIPLOMATIE DU MINISTÈRE GIRONDIN
Les projets diplomatiques de Dumouriez n’étaient pas plus originaux. Ses négociations avaient pour objet d’isoler l’Autriche : en Allemagne, par l’alliance ordinaire avec la Prusse; en Italie, par des traités avec la Sardaigne; en Europe, par une entente avec les puissances maritimes. Le 10 et le 24 août 1791, Custine avait été envoyé à la cour de Prusse, « notre chère alliée )> ; Gaillard auprès des cours allemandes à qui l’on promettait de sauver a la liberté germanique » ; Semonville au roi de Sardaigne pour lui offrir le Milanais (mars-avril 1792). Ce programme n’était pas difficile à imaginer: il est vrai que Dumouriez aurait eu un rare mérite à le réaliser dans un temps où la Prusse, beaucoup plus que l’Autriche, souhaitait avec ardeur la guerre et groupait contre la France les haines et les ambitions de l’Allemagne. Peut-être ignorait-il cette situation et le danger de compter sur l’Allemagne désormais contre l’Autriche.
Ce qu’il ne pouvait ignorer, c’était la volonté à jamais arrêtée de l’Angleterre et la Hollande de ne laisser à aucun prix les Pays-Bas à la France, règle aussi classique pour ces deux nations que l’était pour la nôtre le principe d’étendre nos frontières jusqu’au Rhin. Dumouriez examina longuement, dans deux mémoires, cet obstacle pour le tourner. Au mois d’avril 1792, il prit sa décision, et adjoignit à Ghauvelin, ambassadeur en titre à Londres, Talleyrand, le seul homme qu’il jugeât capable, quoiqu’il le redoutât, de traiter avec adresse une matière aussi délicate. Il le chargeait à la fois de rassurer les Anglais sur l’objet de notre invasion en Flandre qui ne serait pas l’annexion, mais l’émancipation d’un peuple libre, et de les tenter par l’offre de nouvelles colonies, Tabago ou les Indes espagnoles. Sur ce point d’ailleurs, comme pour ses projets de diversion en Allemagne, Dumouriez payait d’audace : il n’attendit pas le résultat de ses avances à l’Angleterre pour risquer l’entreprise. Ne suffisait-il pas qu’elle fût conforme à toutes celles qui, au dix-septième siècle, avaient fortifié l’unité française pour que son auteur
LES PREMIERS REVERS, parût appelé aux destinées de Richelieu? Personne ne se souvenait plus de Belle-Isle, de ses projets ruineux, de ses espérances détruites par la politique prussienne, de nos colonies perdues pour des victoires éphémères en Flandre. Et pourtant c’était Belle-Isle et non Richelieu que Dum Duriez allait recommencer. La guerre ne durait pas depuis huit jours que l’analogie se marquait par des désastres qui rappelaient les plus mauvais jours du règne de Louis XV.
Le 28 avril, les troupes du général Dillon, cantonnées à Tournai, s’enfuyaient devant un ennemi imaginaire, blessaient à mort leur chef, entraînaient le peuple dans leur panique et leur révolte. Puis, c’était à Quiévrain, un autre émmi qui faillit coûter la vie à Biron. L’armée, que la Constituante n’avait pas eu le temps de remanier, était un pêle-mêle de troupes de ligne et de volontaires sans cohésion, sans tenue, ni discipline. Les vieilles troupes désertaient, à l’exemple des officiers qui trouvaient la frontière propice à l’émigration. « Dans six semaines, les Autrichiens seront à Paris, » disait Luckner. Ce mercenaire bavarois, pusillanime et médiocre, ne s’en troublait pas autrement. Ses collègues français, Lafayette, Rochambeau, et plus tard Dumouriez, ne paraissaient pas plus que lui pénétrés des devoirs et de la responsabilité du commandement. Ces officiers généraux, connus dans la guerre de Sept ans, regardaient plus volontiers à Paris qu’au delà des frontières dont l’ennemi s’approchait, attendant leur pardon ou leur fortune du gouvernement, plutôt que l’arrivée de l’ennemi. Le ministère enfin, incapable d’organiser la victoire, indulgent aux rapines des fournisseurs, ignorant les mouvements de ses armées et l’état de ses forteresses, s’organisait déjà pour la défaite, et se préparait à concentrer à Châlons les armées battues pour défendre la capitale. On avait promis à la France des frontières nouvelles : en deux mois elle perdait celles que deux siècles d’efforts patients lui avait constituées.
Et d’alliances, pas plus de traces que de conquêtes. Dès le début de mai, Custine était éconduit par le gouvernement