‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 310 sur 360 · LE PORTUGAL ET LE BRÉSIL · texte numérisé non relu

LE PORTUGAL ET LE BRÉSIL

ment, plus avisés que les Bourbons d’Espagne. Ils avaient rencontré les mêmes difficultés, et s’en tiraient avec prudence.

Malheureusement leurs sujets, les P< rtugais, ne les aidèrent pas dans cette tâche. Le Brésil, s’il était traité sur le même pied que la métropole, ne leur paraissait plus une colonie. A la fin de l’année 1821, les Cortès de Lisbonne entreprirent de le recoloniser. Déjà au mois d’avril, ils avaient invité des Brésiliens à venir siéger dans leur assemblée ; mais l’invitation formulée comme un ordre « de se placer sous la direction du gouvernement de Lisbonne » valait une menace. C’était le point de départ d’un système qui devait en octobre resserrer et rétablir le joug du Portugal : rappel du régent, suppression de tout pouvoir central à Rio de Janeiro, nomination de gouverneurs et de juntes dans les provinces.

Détaché de la métropole pendant douze ans, le Brésil avait pris conscience de son unité : on la détruisait. Au contact ensuite des colons espagnols qui s’émancipaient, les Brésiliens avaient appris la liberté : un parti républicain déjà très fort dans les provinces du nord et de l’intérieur, à Pernambuc surtout, songeait et travaillait à l’indépendance. Maladroitement, le Portugal lui fournissait une occasion, qu’il ne laissa pas échapper, de s’affranchir et de rallier les Brésiliens.

Il est probable que sans la présence de Don Pedro à Rio, le lien se fût rompu immédiatement entre le Brésil et le Portugal. Mais ce prince à la tête d’un parti que dirigeait un homme politique de valeur, José Bonifacio d’Andrada, parti composé des propriétaires et des Portenos les plus riches, hostile à une république dont ils voyaient les excès et les dangers à Buenos-Ayres, offrit aux Portugais un compromis : la constitution du Brésil en un Etat relié au Portugal par l’union personnelle, sous le sceptre des Bragance, une association, au lieu du despotisme ou de l’indépendance. Les Cortès de Lisbonne repoussèrent l’offre de don Pedro avec indignation, accusèrent de trahison le parti qui

L’EMPIRE DE DON PEDRO I JEAN VI ET DON MIGUEL. 723 le soutenait dans la province de San Paulo (juillet-décembre 1822). La rupture désormais fut fatale : sollicité par les modérés de ne pas abandonner la colonie à une république démocratique, le régent, après s’être débarrassé d’une escadre envoyée pour le ramener en Europe (mars 1823), prit l’initiative de convoquer une Constituante (juin 1823). « Un Etat de premier ordre ne pouvait pas, écrivit-il à son père, accepter l’esclavage d’un Etat de quatrième ordre, des despotes Lusitano-Espagnols. » Dans cette déclaration de principe, il y avait une grande part de vérité. Les prétentions des Portugais étaient insoutenables : leur entêtement égalait celui de leurs voisins de Madrid. Il eut les mêmes effets. Le 13 août 1823, dans la province de San Paulo, l’indépendance du Brésil était proclamée, confirmée à Rio de Janeiro le 12 octobre. Empereur constitutionnel, couronné le 1‘"'’ octobre 1823, Don Pedro V arrachait le Brésil à la Révolution, le conservait à sa famille et déclarait la guerre aux Portugais, exclus du nouvel Empire. Sa flotte, confiée à l’amiral Cocbrane, occupait Bahia, Maranbao, Para. Comme l’Espagne, h son tour le Portugal avait perdu l’Amérique du Sud : sa situation intérieure lui laissait peu de ressources pour réparer cette perte.

Le second fils du roi. Don Miguel, la femme de Jean VI, sœur de Ferdinand VII, s’étaient mis à conspirer contre les Cortès avec l’espoir d’être soutenus parles Français entrés en Espagne et par le peuple à qui la Révolution de 1 820 avait paru faire perdre le Brésil. Le comte d’Amarante, qui avait combattu en 1820 les libéraux, reprit les armes en province, fit acclamer Don Miguel par son armée (29 mai 1823). Si Jean VI ne s’était pas déclaré contre les Cortès, il risquait de perdre la couronne de Portugal, au moment oii son fils aîné prenait celle du Brésil. 11 ii’hésita point, se mit à la tête des rebelles, renvoya les Cortès, avec l’intention d’ailleurs très arrêtée de ne pas pousser la réaction jusqu’au bout, de la modérer en feignant de la servir. Les ministres dont il fit choix, Palmella aux affaires étrangères.

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