MÉDIATION DIFFICILE POU R L’AN GLETERRE
le général Pamplona à la guerre, lui répondaient que ses intentions seraient suivies : il annonçait une charte. Mais le parti extrême avec qui il a dû faire alliance, appuyé sur Don Miguel et la reine, encouragé par ce qui se passait à Madrid, ne lui rendait pas la tâche facile. Il s’était gardé une place avec Oliveira dans le ministère. Le résultat de toutes ces intrigues fut, en 1824, un gouvernement incohérent, impuissant, l’anarchie dans la famille royale, dans le ministère et la nation misérable, livrée par ses malheurs à toutes les excitations, à tous les complots.
La querelle du Brésil et du Portugal, dès la première heure, avait été pour l’Angleterre un grave embarras. Les partisans de l’indépendance brésilienne, un an avant de la proclamer, avaient sollicité de Canning (30 novernbr 1822) une déclaration en faveur de Don Pedro. Une réponse favorable exposait les Anglais à la perte de l’influence séculaire qu’ils avaient acquise à Lisbonne; un refus pouvait compromettre les profits qu’ils faisaient au Brésil. Canning disait vrai lorsqu’il déclarait à l’envoyé brésilien a professer un égal intérêt pour la prospérité des deux royaumes, commun quand ils étaient unis, égal depuis leur séparation )). Mais l’envoyé du ^Brésil avait espéré mieux que la stricte neutralité entre le Portugal et le Brésil, une amitié moins prudente, plus active. La déception des Brésiliens n’échappa point à Canning; elle accrut son embarras.
Alors il avait imaginé une solution, à coup sûr ingénieuse. L’Angleterre, au moment où l’Empire brésilien fut proclamé, s’offrit aie reconnaître, si le nouvel Empereur inaugurait son règne par l’abolition de la traite des nègres. Un pareil service rendu à la cause de l’humanité ferait éclater le désintéressement de l’Angleterre : il lui fournirait surtout une belle excuse auprès de l’Europe et du Portugal. Lord Armherst, qui partait en février 1824 pour son gouvernement de l’Inde, prit la route de Bio de Janeiro pour négocier à cette condition la reconnaissance de Don Pedro : (( qu’à ce prix, le Brésil choisît de rester une colonie ou de devenir un Etat. » Peu importait à Canning que cette
LA DIPLOMATIE D’HYDE DE NEUVILLE A LISBONNE. 72o
mesure humanitaire parût aux Brésiliens prématurée, qu’elle fût capaljle de produire dans le nouvel Empire un bouleversement des conditions sociales et économiques. Ce serait de leur faute, après cela, si l’Angleterre ne leur venait pas en aide : si elle les aidait, le Portugal aurait mauvaise grâce à se plaindre.
La diplomatie de Canning ne se dépensait pas moins d’ailleurs à Lisbonne qu’à Rio de Janeiro. Il voulait convaincre les Portugais (4 décembre 1823) de renoncer à la souveraineté du Brésil. Les raisons qu’il donnait à Palmella étaient celles qui inspiraient alors toute sa politique en Amérique, le besoin surtout où l’Angleterre se trouvait de favoriser l’indépendance des colonies espagnoles pour paralyser les ambitions des Etats-Unis. « Une pouvait risquer tout son système sur un seul point. » Ses menaces, ses conseils, l’offre d’ouvrir une conférence à Londres, ne persuadaient pas des hommes qui se voyaient d’avance, s’ils cédaient, condamnés par tous les Portugais sans distinction de parti. Canning rédigea, cependant, un projet de médiation et l’envoya à Lisbonne : « Ce serait un déshonneur national. » Cette réponse, digne des Castillans, ne le découragea pas : tout ce qu’il espérait, c’était gagner du temps, ne pas déplaire au Brésil qui répétait « indépendance )), au Portugal qui répliquait « soumission ». Arbitre entre ces deux puissances maritimes, comme il l’était entre la France, les Républiques de l’Amérique et les Etats- Unis, sur tous les rivages de l’Atlantique, il s’appliquait avec patience et souplesse à dissiper des orages, dangereux seulement s’ils éclataient.
Or, il arriva qu’à Lisbonne la trame délicate de ses négociations faillit être brutalement déchirée par un diplomate français, ennemi juré de l’Angleterre, un royaliste de l’école de Chateaubriand, Hyde de Neuville. Quand il était encore ministre, et tout fier d’avoir réduit les Anglais à subir notre intervention en Espagne, Chateaubriand avait choisi ce député, dont les discours à la Chambre contre Canning avaient fait sensation, estimé