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LE PORTUGAL, LA SAINTE-ALLIANCE ET LE BRÉSIL

d’ailleurs de Louis XVIII. <( Il le chargea de disputer à Lisbonne le Portugal à l’Angleterre » (août 1823).

L’occasion paraissait bonne d’exploiter les colères des Portugais contre la diplomatie anglaise trop favorable aux Brésiliens. « Cela va donner, disait Chateaubriand, un bel accès d’humeur h Canning. » Dès le premier jour, les insinuations qu’Hydede Neuville fit au ministre delà guerre, au duc de Subserra devenu tout de suite son ami, étaient venus détruire l’effet de la politique anglaise. Plus Canning prêchait la modération, plus l’ambassadeur de France prêchait la résistance, l’intransigeance. « Il excitait les bons Portugais » : il annonçait avec joie que le Brésil à la fois cesserait d’être une colonie du Portugal, et le Portugal une colonie de l’Angleterre. Son zèle bientôt l’emporta plus loin encore.

Il dépassa ses instructions, pour offrir à Jean VI l’appui des troupes françaises qui venaient de terminer l’expédition d’Espagne : en les amenant à Lisbonne, le roi pourrait expéd er sa propre armée au Brésil contre les insurgés. Un Congrès réuni à Paris au nom de la Sainte-Alliance, le même que le ministre Ofalia sollicitait alors pour le roi d’Espagne, légitimerait cette entreprise de la France sur le Portugal, et sur le Brésil à la fois (17 décembre 1823). Des mariages enfin entre les Bourbons et les Bragance, celui de don Miguel avec la duchesse de Berry, du prince de Condé avec la fille du roi scelleraient cette entente.

Ce plan, qui se développa vers la fin de l’année 1823, renversait tous les desseins de Canning. A la faveur de son abstention, la France menaçait de lui dérober le Portugal et le Brésil. Seul le ministre des affaires étrangères Palmella restait fidèle aux Anglais : il rejetait les offres faites par Hyde de Neuville au nom de la Sainte-Alliance. Canning, en retour, consentit à proposer aux Brésiliens la médiation de l’empereur d’Autriche, beau-père de Don Pedro PL Mais le crédit de l’envoyé de France augmentait chaque jour, avec son zèle; rien ne le diminuait, ni l’assassinat du chef du parti français, le marquis de Loulé

CONFLIT DF LA FRANCE ET DES ANGLAIS A LISBONNE. 727 (29 février 1824), ni l’émeute militaire dirigée contre le duc de Subserra par Don Miguel. Ce prince, royaliste intransigeant, aurait dû favoriser de Neuville, mais il se laissait circonvenir par les intrigues anglaises et les rancunes de l’ancien régent Beresford. Le dessein des conjurés de déposer le roi, l’énergie de Hyde de Neuville qui sauva les ministres, protégea Jean YI et lui donna asile sur un vaisseau anglais, perdirent Don Miguel qui fut exilé (13 mai) : la France eut plus de crédit que jamais.

Le gouvernement français applaudit à la décision et au succès de son envoyé. L’un des derniers actes de Chateaubriand au ministère fut de féliciter son ami et pour sa peine de lui donner carte blanche (24 mai 1824). Ce fut un motif de plus pour Yillèle de forcer l’écrivain à la retraite. Mais il était trop tard pour retenir Hyde de Neuville. « Nous sommes trop timides avec les Anglais, » écrivait-il de Lisbonne le 30 mai. Et, joignant l’acte au précepte, l’envoyé de France régla tout pour faire entrer des Français à Badajoz. Il s’y prit fort adroitement : il avait conseillé à Jean YI de solliciter le concours de troupes anglaises, espérant que cette demande ne serait pas suivie d’elfet et justifierait rexécution de son plan. Canning reçut cette proposition, au moment où il se croyait assuré de la France : Hyde de Neuville avait engagé le cabinet malgré lui. Il était maître de Lisbonne, si les Anglais n’y venaient point. Et s’ils y venaient, ce pouvait être avec Villèle une rupture qui déconcertait tout le système de la non-intervention. Canning essaya de faire accepter une demi-mesure, l’envoi de troupes hanovriennes. Elle fut à Paris très mal accueillie : pendant quelques jours les deux cours furent à deux doigts d’une rupture (3-10 juillet 1824). Toute l’habileté de Canning ne l’aurait pus empêchée, si la France et Polignac à Londres n’avaient pas désavoué Hyde de Neuville, blâmé ses audaces, et laissé la place libre à l’Angleterre, Au mois de septembre, A’Court, l’adversaire toujours résolu de la France dans la péninsule, passa en Portugal, exigea de Jean YI le renvoi

728 LE CONFLIT ÉCARTÉ ! CONCESSIONS DE VILLÈLE. de ses ministres, le duc de Subserra « de cœur tout français ». Hyde de Neuville livra auprès du roi une dernière bataille : mais Yillèle le rappela d’autorité (décembre 1824). La crise se terminait à l’avantage des Anglais par la démission de Subserra (15 janvier 1825).

Elle avait cependant duré six mois, pendant lesquels l’entente des deux cours fut soumise à ime rude épreuve. Hyde de Neuville avait ainsi prolongé la résistance et la politique de Chateaubriand après sa retraite. Dans l’ensemble, pour Canning, depuis le jour où Polignac lui avait apporté l’adhésion de Villèle à son système, c’était une année perdue. Louis XVIII était mort le 16 septembre 1824 : le changement de règne avait encore apporté de nouveaux retards. Le Congrès que Canning aurait rêvé de réunir à Londres, retardé de mois en mois, risquait, au train dont les choses allèrent en Amérique en 1824, de n’avoir plus ni autorité, ni effet.

Un autre Congrès, d’un caractère tout différent, et d’une portée considérable, était annoncé à la fin de 1824 pour le milieu de 1825 ; un Congrès exclusivement américain. L’idée en était venue à Bolivar, après ses dernières victoires dans le Pérou et le Haut Pérou (Ayacucho, 1824). Le Libérateur de l’Amérique du Sud devait songer à en être l’organisateur : constituer des Etats-Unis, au Sud comme au Nord, devint alors son rêve et son objet. Il disposait d’une partie considérable de ces Etats : il s’adressa à la République Argentine, au Brésil, au Mexique, les invitant à envoyer des délégués à Panama. Le lieu avait été choisi à dessein, à la jonction des deux Amériques, pour que les députés de rUnion du Nord pussent y venir affirmer la doctrine de Monroë, et contribuer de leur autorité, de leur exemple à l’établissement de l’Union du Sud. Des négociations engagées entre Bolivar et le nouveau Président des Etats-Unis, Quincy Adams, laissaient prévoir le succèsde ce grand Congrès américain, l’exclusion définitive del’Espagne, de l’Europe elle-même du Nouveau Monde. Le danger que Canning avait voulu prévenir, par une entente des nations

CONGRÈS DE PANAMA ! INITIATIVE DE CANNING (1825). 729 maritimes, devenait menaçant. Aux Congrès de la Sainte- Alliance européenne allait s’opposer le Congrès américain de la non-intervention : l’Angleterre n’anrait pas le temps de former à Londres, aux limites de l’Europe et du Nouveau Monde, le Congrès maritime, destiné à empêcher cette rupture irrémédiable.

Alors Canning résolut de renoncer à ces conférences, pour réaliser sans tarder son système. Il annonça au Parlement l’intention de reconnaître le Mexique, la Colombie, la République Argentine (janvier 1825) ; cette initiative pourrait déplaire à l’Europe, mais elle était nécessaire à l’Angleterre : « Nous froisserons bien des intérêts, nous causerons bien des colères, mais nous aurons gagné la partie : le repos de l’Europe ne sera pas troublé ! » C’était une partie scabreuse que jouait en effet l’homme d’Etat anglais : elle pouvait le perdre ou le consacrer.

A Londres même, Metternich avait d’abord excité contre lui tous ses collègues du cabinet, Wellington, Peel, Westmoreland, lord Eldon, les torys alarmés de ce qu’ils considéraient comme une rupture décidée avec leur politique et leurs alliances antérieures. Le roi lui-même, Georges IV, servait leur résistance et s’efforcait d’arrêter Canning (9 janvier 1825). L’autorité de lord Liverpool, satisfait et certain de la popularité que Canning avait rendue au cabinet tory, le soutint à cette heure décisive. Le ministère passa outre aux menaces de l’Autriche; il approuva les traités de commerce négociés ou déjà conclus avec les Etats américains, préfaces d’une reconnaissance officielle (février 1825).

Contre ces colères et ces intrigues, la grande ressource de Canning fut surtout son adresse à escompter, à ménager le consentement du cabinet français. Qu’avait-il à craindre des puissances continentales, si la France n’appuyait pas leurs réclamations? Nul besoin d’un Congrès, si elle lui donnait carte blanche. L’attitude de Yillèle dans les affaires du Portugal l’encourageait à espérer la même condescendance. Après quelques regrets « qui s’évaporèrent

730 ENTENTE AVEC YILLÈLE I LE BRÉSIL INDÉPENDANT, en paroles », Yillèle, le 1'''’ février 1825, chargeait en effet Polignac de la déclaration suivante : a L’Angleterre a plus d’intérêts que nous h rémancipation des Américains du Sud. » 11 la laissait libre de les sauvegarder à sa guise.

De la politique étrangère, Yillèle se faisait une tout autre idée que Chateaubriand. « La France, disait-il, n’est pas dans une situation simple; elle a un pied sur terre, et l’autre sur mer, pas assez forte pour résister à l’Angleterre sur mer, ni pour lutter sur le continent avec l’alliance formidable qui y existe. Que doit-elle faire? défendre son honneur et sa sûreté, renoncer à la prétention d’imposer aux autres des lois que nous ne sommes pas en mesure de faire exécuter, et attendre. » Rien ne ressemblait moins à l’initiative hardie, presque révolutionnaire, conseillée et pratiquée par Chateaubriand, que ces calculs et cette réserve conformes peut-être à la prudence et à la sagesse. Rien ne pouvait mieux servir Canning que ce recul des ambitions et des exigences françaises. C’était l’adhésion volontaire, ou contrainte, de toute l’Europe à ses desseins. R avait le champ libre en Amérique.

Au mois de mars 1825, assuré de la cour de Portugal, il envoyait à Lisbonne sir Ch. Stuart, qui arcachait le consentement du roi à la reconnaissance du Brésil (13 mai 1825). Pour ménager l’amour-propre portugais, Jean YI aurait voulu rester du moins le premier empereur en titre des Brésiliens. Cette concession que deux ans plus tôt il eût obtenue lui fut refusée : l’Angleterre, pour se créer des droits sans réserve à la gratitude du Brésil, obtint même que son agent sir Ch. Stuart eût l’honneur de porter à Rio de Janeiro la bonne nouvelle de la capitulation de la Métropole. Il y arriva en juillet 1825, accueilli triomphalement, chargé par le roi de Portugal de proclamer l’indépendance du Brésil (29 août 1825). Deux mois après le nouvel Empire, reconnu par l’Angleterre, lui accordait des avantages commerciaux de premier ordre et promettait d’abolir la traite des nègres (10 octobre 1825).

Le commerce, le crédit de la Grande-Bretagne auprès

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