‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 318 sur 360 · DÉCEPTIONS ET MORT D’ALEXANDRE · texte numérisé non relu

DÉCEPTIONS ET MORT D’ALEXANDRE

28 mars, aussi résolument opposé à l’une qu’à l’autre. Il ne lui resta qu’à constater « qu’on était très monté contre l’Autriche à Saint-Pétersbourg ».

Etait-il surprenant qu’après tant de sacrifices à ses alliés, le tsar ne se consolât pas a d’avoir manqué l’affaire », comme le disait son chancelier Nesselrode? Un instant, le dépit, la colère semblèrent pousser Alexandre P"" aux mesures extrêmes. Pozzo di Borgo, après Gapo d’Istria, lui conseillait, le 16 octobre 1825, de mettre à l’Autriche le marché à la main, de commencer, avec elle ou contre elle, la guerre dans les Principautés. Après Capo d’Istria, Pozzo fut sacrifié au dessein permanent de son maître de n’engager l’affaire d’Orient qu’avec la complicité ou l’abstention forcée de l’Europe. Alexandre P"* se résignait à sa défaite : il s’en alla tristement contempler les rivages de cette mer Noire où sa grand’mère, inspiratrice de sa politique, avait conduit les Russes, qu’il avait, avec Napoléon d’abord, puis contre lui et avec ses vainqueurs, espéré couvrir de ses flottes et de ses armées jusqu’à Constantinople. Il succombait le l®"* décembre à la ruine de ses espérances : a Mes nerfs, disait-il avant sa mort, sont dans un désordre épouvantable. Ah! j’ai sujet dans les temps actuels d’être bien malade. »

Un de ses derniers actes avait été d’envoyer son ministre à Londres (24 octobre 1825), le comte Lieven, exprimer à Canning le désir qu’il se chargeât désormais des affaires d’Orient. Réduit à l’impuissance par la trahison de la France et de l’Autriche et pourtant pressé par son peuple de secourir les Grecs, le tsar ne voyait plus de ressource que d’accepter le projet anglais d’une intervention diplomatique réclamée par tous les peuples chrétiens. Ibrahim- Pacha, malgré les exploits de Canaris et de Miaoulis, arrachait aux Grecs la Morée, et l’occupait avec des renforts incessamment renouvelés. Reschid-Pacha s’acharnait contre Missolonghi dont la possession devait lui donner la Grèce continentale (1825). Si l’Europe tardait, sourde aux. appels des Grecs et des philhellènes chaque jour plus nombreux

742 L’ANGLETERRE ARRITRE DE LA QUESTION D’ORIENT, et plus éloquents, les gouvernements s’exposaient aux reproches redoutables du public. « Les désastres de l’Hellade seraient nos désastres, » s’écriaient le général Foy et Chateaubriand, libéraux ou royalistes à la tribune de la Chambre. Pour les satisfaire, le prince de Polignac pria Canning à son tour, comme l’ambassadeur russe, de prendre l’affaire en mains. L’envoyé d’Autriche faisait de même. « Un membre après l’autre de la Sainte-Alliance venait lui déclarer, écrivait-il alors à lord Granville, que l’Angleterre seule pouvait les tirer de ces difficultés. » Son triomphe aurait été plus grand encore, s’il avait pu lire cette confidence contemporaine de Metteroich (8 novembre 1825) : « Le dénouement de la question grecque n’est plus à Pétersbourg ou à Constantinople : il est à Londres, »

Ce fut alors la grande époque du ministère de Canning : les torys qui l’avaient combattu, le roi, son principal ennemi, avaient désarmé devant son génie auquel l’Angleterre tout entière rendait hommage. Son autorité rappelait celle de Pitt : elle était assez grande pour lui permettre de reprendre entre l’Irlande catholique et les protestants l’œuvre de pacification religieuse et nationale où ce grand ruinistre avait émancipation des catholiques (mars

1826). On était prêt à accepter comme un acte de bonne politique l’effort de l’homme d’État qui avait sauvegardé et fortifié la situation de la nation dans le Nouveau-Monde. En Orient on s’attendait à le voir de même concilier les sympathies religieuses et libérales d(3 l’Angleterre pour le peuple grec avec ses intérêts dans la mer Egée. C’était là cependant la partie la plus délicate de son œuvre : point de système qui fût bon à servir Grecs et Turcs à la fois. Canning dut s’en tenir à une politique de médiation et d’expédients qui, au milieu de ses succès, lui ménageait bien des déceptions.

A l’entendre, le départ de son cousin Strattford-Canning pour l’Orient « allait y créer une époque toute nouvelle )). C’était la première fois, depuis la révolte de 1821, qu’un diplomate européen venait trouver les Grecs et

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