‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 322 sur 360 · TRAITÉ D’ACKERMAN : LA POLITIQUE DE M AHMOU D (182Ô · texte numérisé non relu

TRAITÉ D’ACKERMAN : LA POLITIQUE DE M AHMOU D (182Ô

en prévenant la guerre des Turcs et des Russes. Sur ses instances, appuyées par les conseils de l’Autriche, le Divan accepta le 14 mai rultimatum russe, et nomma des plénipotentiaires pour régler à Ackerman sa querelle, sans guerre, avec Nicolas Les concessions que* fit Mahmoud à la Russie n’étaient cependant pas désintéressées : très sagement, le Sultan avait calculé qu’il ne pouvait abattre la Grèce s’il provoquait la Russie. De jour en jour, il avait attendu la nouvelle de la prise de Missolonglii, cernée par les armées et les flottes de Reschid et d’Ibrahim-Pacha. Elle lui parvint au début de mai : la ruine des Grecs, prochaine, presque certaine, valait Lien les sacrifices que le Sultan avait résolu de faire à la Russie. Le traité d’Ackerman (7 octobre 1826) confirma ces sacrifices, livra les principautés roumaines, et la Serbie au tsar. C’était du moins la paix souhaitée par Canning; ce n’était pas, comme il l’avait espéré, la fin de ses embarras. Libre de tourner toutes ses forces contre les Grecs, le Sultan Mahmoud était bien résolu à ne rien leur abandonner. Après six mois d’efforts, la médiation anglaise était, à la fin de juillet 1826, aussi mal reçue des Turcs qu’en janvier. La crainte du nom rassOy le grand moyen sur lequel Canning avait spéculé, au lieu de servir sa diplomatie, n’avait fait en définitive que procurer à la Russie de gros bénéfices.

Le moment arrivait où il allait se trouver pris dans ses propres filets, et, d’expédient en expédient, conduit à ce qu’il avait voulu éviter : au renversement de tout son système, à une défaite. Au mois de septembre 1826, l’ambassadeur russe Lieven lui demanda d’employer contre les Turcs, en faveur des Grecs, la violence et la force, ces mesuites coercitives que toujours l’Angleterre avait repoussées. Comment les lui refuser désormais, après le protocole du 4 avril que Nicolas P'’ avait eu soin de publier? Quel rôle ridicule, odieux pour le gouvernement anglais, si après avoir pris en main officiellement la cause des Grecs, il se déclarait impuissant à la soutenir contre les Turcs! Et quel résultat pour ses intérêts qu’une guerre en Orient, une in-

EMBARRAS DE CANNING EN PORTUGAL, EN GRÈCE (1826). 749 tervention russe, provoquée, sanctionnée par ses propres actes?

En face de cette dernière difficulté, inévitable, Ganning eut recours à un moyen suprême, une entente avec la France qui lui permît du moins de limiter l’intervention russe à de simples menaces collectives contre la Porte. 11 dépensa dans cette négociation décisive toutes les ressources de son génie. Introduire la France en Grèce n’était pas une mesure à prendre sans les réserves nécessaires. N’y resterait-elle pas, sous le nom du duc de Nemours, proposé par les philhellènes, par Fabvier et Roche à l’assemblée de Mégare (avril 1825) acclamé par les Grecs, recommandé par Charles X et par Villèle (avril 1826 ? Wellington avait refusé d’admettre les Français à la convention de Saint- Pétersbourg. Ganning espérait contenir leurs ambitions, et s’en servir pour enchaîner celles de la Russie, Le 10 août 1826, les ambassadeurs russes et anglais à Paris, Pozzo de Rorgo et Granville invitèrent le ministère Yillèle à souscrire à l’acte du 4 avril.

Le procédé de Ganning eût été bon, si l’occasion avait été propice à une entente avec la France. Or, de même que la querelle du Brésil et du Portugal avait troublé l’accord prêt à se conclure de Ganning et de Yillèle sur les questions américaines, une nouvelle querelle sur les mêmes lieux semblait le rendre encore en 1826 impossible. Au mois de mars 1826, le roi de Portugal Jean YI était mort. Cette mort faillit remettre en question tout ce que Ganning avait tenté pour régler les nouveaux rapports du Portugal et du Rrésil. Si Don Pedro, le fils aîné, réclamait ses droits et les faisait reconnaître à Lisbonne, ne serait-ce pas la réunion du Rrésil à la métropole, l’occasion de nouveaux troubles en Amérique? Si son frère Don Miguel prenait la couronne, son nom, son caractère, ses relations avec la cour d’Espagne provoqueraient les libéraux du Portugal à réclamer le retour de Don Pedro : -des deux côtés, c’était la guerre civile au Brésil, au Portugal, un conflit certain entre les deux pays. L’Angleterre

7o0 ACCORD DE VILLÈLE ET CANNING (OCT. 1826). avait prévu et essayé de résoudre le dilemme. Ses diplomates à Rio de Janeiro et à Lisbonne, Court et sir Ch. Stuart imaginèrent et combinèrent un accommodement : Don Pedro renonçait au Portugal en faveur de sa fille aînée, Maria da Gloria, née en 1819, dont la régence serait confiée à sa tante Isabelle. Il donnait en même temps une charte aux Portugais et la promesse à Don Miguel d’épouser sa fille, quand elle serait nubile et majeure (2 mai 1826).

Cette attente de huit ans, ce rôle de prince consort présentés à Don Miguel, ne devaient guère lui plaire. Mais l’arrangement déplut surtout à la reine douairière qui avait déjà conspiré contre son mari vivant^ et prétendait au moins gouverner à sa mort le Portugal. Elle comptait surtout sur l’appui de son frère Ferdinand VII. C’était en somme une querelle de famille qui n’aurait pas eu de suite, si, de son chef, le marquis de Moustiers, représentant de la France à Madrid, n’y avait pas vu l’occasion de reprendre sur l’Angleterre une revanche de la défaite subie par son ami Hyde de Neuville. Don Miguel avait fini par consentir au pacte matrimonial qui lui promettait une couronne. Mais sa mère et Ferdinand VII excités, encouragés par Moustiers, tenaient tête et contestaient la légitimité de la Régence. « Il faut montrer les dents à ces iVnglais, » écrivait notre envoyé à Villèle. « Que l’Angleterre soit née géant, s’écriait Chateaubriand à la Chambre, je ne lui dispute point la taille qu’elle se donne, mais ce géant ne fait aucune frayeur à la Chambre. »

De telles paroles et de tels actes n’étaient pas faits pour disposer le cabinet français, s’il redoutait les colères des patriotes royalistes, à une entente avec Canning : celui-ci eut cependant l’art de l’obtenir. Le ministre des affaires étrangères, le baron de Damas, était un militaire qui n’entendait pas grand’chose à ces problèmes délicats, et de nature d’ailleurs assez indifférent. « Ici, écrivait un de ces agents, on n’est ému de rien. On va sans méthode. M. de Damas n’y est que de la main. Il est guidé par des influences subalternes. )) Un jour, ces influences le portaient (8 juillet 1826)

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