‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 323 sur 360 · LE TRAITÉ DE LONDRES (6 JUILLET · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE LONDRES (6 JUILLET

à proposer au roi une intervention énergique de la station navale du Levant en Grèce, la guerre sans délai. Le lendemain, Villèle disposait de lui. comme d’un agent soumis, pour recommander la paix. Et Villèle croyait bien faire de se concerter avec l’Angleterre pour maintenir la France et l’Europe à l’abri de toutes complications.

Ganning vint le trouver à Paris et négocia tout un long mois (I8 septembre-20 octobre). La France désavoua son ambassadeur à Madrid et bientôt le rappela comme elle avait fait d’Hyde de Neuville, laissant aux Anglais le soin de mettre Ferdinand VII à la raison, ce qu’ils lirent en débarquant (décembre 1826) dix mille soldats à Lisbonne. Charles X promit à Ganning de ne pas laisser écraser les Grecs, ni toucher cependant à l’intégrité de la Porte. Villèle ne demandait qu’une concession de forme : pour ménager l’amour-propre des Français, il souhaitait ne pas donner son adhésion au protocole du 4 avril, comme le ministre d’une puissance secondaire consulté après coup. Il exigea et il obtint qu’un acte nouveau, un traité concerté entre les trois puissances parût une mesure souveraine de la royauté française en faveur des Grecs. Ganning pouvait lui faire ce plaisir, en échange de celui qu’il éprouvait à l’entendre dire : « Nos démarches n’ont aucun caractère d’hostilités contre la Porte. » C’était un tout autre langage que celui du tsar Nicolas : « Si l’on veut la pacification de la Grèce, il faut des mesures énergiques » (janvier 1827).

Après tant d’efforts, Ganning espérait encore que les menaces des Russes mettraient la Turquie à la raison. Et, pour contenir les Russes eux-mêmes, il comptait sur la France. Sans doute, la prise d’Athènes (juin 1827) encouragea le sultan à rejeter la médiation de l’Europe. Mais le 6 juillet 1827, les trois cours se décidèrent à publier le traité de Londres^ le protocole d’avril transformé par l’adhésion et l’initiative delà France, pour imposer la paix et leurs conditions à la Porte. Ganning avait raison de dire que sa politique inaugurait à Constantinople une ère nouvelle. Tl l’avait fait approuver des Anglais qui le voyaient

7o2 mort de CANNING : ÉCHEC DE SON , SYSTÈME (1827). avec joie premier ministre (avril i827i. On lui savait gré d’avoir procuré à son pays, enlevé à la Russie le bénéfice de la défense des Grecs : il se flattait d’avoir réussi, sans toucher au principe essentiel de l’intégrité de l’Empire turc. Car, si l’acte du 6 juillet contenait un article secret sur les mesures coercitives à prendre en commun pour imposer un armistice, Canning et Villèle s’accordaient depuis six mois à considérer cet acte comme un procédé diplomatique. Ce n’était pas, selon eux, une déclaration de guerre à la Porte, mais simplement une dernière menace décisive, la préface de la paix en Orient. Pour assurer cette paix, malgré les intentions différentes du tsar Nicolas, Canning comptait sur les promesses et la volonté, conforme à la sienne, du ministère français.

Il mourut le 8 août 1827, brusquement, emportant cette espérance : huit jours après, les Turcs la démentaient, en refusant de céder aux menaces de l’Europe, une fois de plus.

Deux mois après, le 20 octobre 1827, l’Europe, l’Angleterre elle-même détruisaient, à Navarin, les flottes du Sultan et du vice-roi d’Egypte. A la grande joie des Russes, la France, chargée de les contenir, avait commencé la guerre d’Orient, dans l’espoir d’une guerre plus générale encore. Le dernier expédient imaginé par Canning pour le triomphe d’un système qu’il avait dû étayer par des expédients successifs tournait contre ce système et le renversait au profit de la France et de la Russie. Il avait voulu et cherché, dans la Méditerranée comme en Amérique, une paix avantageuse à l’Angleterre. Il mourait, croyant avoir cause gagnée, à temps pour ne pas voir son échec, le succès de la nation française en Grèce, et du tsar Nicolas dans les Balkans. Metternich avait depuis le mois de mars pressenti ces résultats et savouré le plaisir d’une vengeance qui n’était pas exempte d’inquiétudes. « Voilà, écrivait-il, la crise la plus forte qu’il y ait eu dans le cours de ces dernières années. L’époque des facilités est passée pour Canning. Il se sentira bientôt affaissé sous le poids de ses prétendus succès. )>

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