NAVARIN (20 OCTOBRE
manière. Si, dans une entrevue qn’ils eurent avec Ibrahim le 2o septembre, Codrington traitait sérieusement de l’armistice, de Rigny, à ses côtés, sur un ton provocant, parlait d’échanger des balles et de la poudre. Ibrahim releva la provocation, et, tout en laissant ses flottes immobiles, il envoya des troupes dévaster la Morée. « Au point où en sont les choses, il n’y a plus de ménagements à garder, )> s’écria de Rigny , dont l’escadre mouillait à Zante (14 octobre).
La décision de l’amiral français est prise ce jour-là : « Il faut faire entrer les trois escadres dans Navarin même et, la mèche à lamnin, signifier aux flottes de se disloquer, ou sinon les attaquer immédiatement. » Pour sauver les Grecs, la France doit agir. Le lendemain, de Riguy soumit son projet aux amiraux, le leur fit adopter, rédigea le protocole de la conférence, rultimatum que les flottes combinées portèrent le 20 octobre, à l’entrée de la rade de Navarin. Deux jours avant, il avait averti Charles X, qui l’avait déjà félicité (( de ne pas s’endormir et de prévenir ses désirs )>. Ce ne fut pas un hasard si la frégate amirale, la Sirène^ reçut la première le feu de l’ennemi : ibrahim prenait l’offensive contre la France qui l’attaquait. Les Français, au service de l’Egypte depuis le 10 octobre, avaient reçu une lettre de l’amiral de Rigny, « les invitant à ne pas combattre le drapeau national ». La destruction de la flotte ottomane, le 20 octobre, ne fut donc pas un accident : c’était une déclaration de guerre préméditée, approuvée en secret par Charles X, réglée par son amiral, de la France au sultan, en faveur des Grecs. Et cette guerre allait être, à Paris, le signal d’une évolution décisive des partis et de l’opinion publique.
« Le canon de Navarin a commencé une ère nouvelle et annoncé l’avènement triomphal de l’opinion publique qui est au-dessus des trônes, étant pour la première fois véritablement reine, disposant des flottes et des canons, commandant aux amiraux. » Ce langage de Pierre Lebriin, poète pensionné par le premier Empire, libéral sous la Restauration et philhellène, parce que l’émancipation des