LE MINISTÈRE MARTIGNAC (JANVIER
c’est l’extension des frontières. La France se place dans la direction des conquêtes, et les mobiles qui ont lancé la République et l’Empire dans une aussi dangereuse carrière viennent se réunir dans le sentiment prédominant. » Charles X, à la fin de décembre 1827, dut renvoyer Villèle : seul des ministres déchus, celui de la marine, Chabrol, conserva son portefeuille et bientôt organisa le ministère. Il voulait y mettre Chateaubriand : le roi refusa. La Ferronays eut cette place. Avec le Dauphin et Decaux à la guerre, Martignac, pour représenter les libéraux vainqueurs, d’ailleurs fort engagé dans l’expédition d’Espagne, c’était un ministère d’action. Chabrol disposait de la politique intérieure, parce que Rigny avait déterminé à Navarin la politique étrangère (janvier 1828).
Un instant, Charles X eut l’idée d’essayer une sorte de gouvernement personnel. 11 voulait appeler déjà à la présidence du conseil Polignac « un homme tout à fait à lui avec qui il ne se gênerait pas ». Le jeu pouvait être dangereux : Charles s’imaginait être très populaire ; il accusait Villèle de maladresse et prétendait apprendre à ses ministres à gouverner. Bien lui en prit de ne s’être pas découvert : à la rentrée des Chambres, les rancunes se manifestèrent si fortement contre la politique précédente que Chabrol dut à son tour se retirer. Son successeur à la marine fut encore un homme d’action, de ceux qui prenaient leur mot d’ordre auprès de Chateaubriand, son ami Hyde de Neuville. Si l’écrivain, à défaut d’un ministère, avait dû se contenter de l’ambassade de Rome, il eut du moins la satisfaction de voir triompher ses idées : le cabinet Martignac libéral sans doute, très royaliste aussi, semblait investi du pouvoir pour les appliquer. La première fois que le roi et son ministre des affaires étrangères prirent la parole devant les Chambres, ils célébrèrent à l’envi Navarin, « une occasion de gloire pour nos armes ». La Ferronays parla le langage qu’aurait tenu à sa place Chateaubriand : « C’était de la gloire. »
Il ajoutait : « ce n’est pas la guerre encore. » — On en
7G2 L’EUROPE EN 1828 ; LA GUERRE D’ORIENT. était bien près cependant. L’Angleterre qui la redoutait pour la Turquie fit porter aux collègues de Canning, après sa mort, le poids de ce qu’elle considérait comme une faute et un échec. Elle reprit brusquement un ministère tory pour réparer a l'accident sinistre » auquel était venue aboutir la politique précédente, la ruine de la puissance turque. Au même moment, le tsar Nicolas réclamait à l’Europe (6 janvier 1828) le droit d’occuper les provinces roumaines, le blocus d’Alexandrie et de Constantinople, des secours pour Capo d’Istria et la Grèce, une guerre en règle à la Turquie. Le sultan Mahmoud, « pour laver l’honneur de l’Islam outragé », proclama de son côté la guerre sainte, malgré les instances de l’internonce autrichien, et l’organisa (janvier 1828). Les ambassadeurs d’Europe se retirèrent à Gorfou. Le 27 avril, la Russie envoyait à la Porte sa déclaration de guerre. D’un ministre qui avait pendant six ans représenté la France à Saint-Pétersbourg, de La Ferronays, le tsar attendait le concours décisif dont Navarin semblait la préface et la promesse. L’Angleterre et l’Autriche regrettaient Navarin et déploraient ses conséquences. Les efforts de Metternich et de Canning en faveur de la paix en Orient, de l’intégrité de la Turquie semblaient condamnés. La France était l’arbitre de cette situation qu’elle avait créée. Si le ministère eût alors écouté l’appel de la Russie et les vœux de la nation qui salua avec joie son avènement, il n’avait qu’un mot à dire pour déchaîner la guerre en Europe.
Cette parole décisive, La Ferronays refusa de la. prononcer. Sans doute cet homme d’Etat avait longtemps vécu en Russie et mérité les éloges des tsars et de leurs ministres. Mais justement ce long séjour lui avait révélé les dessous de la politique russe , ses appétits, ses exigences égoïstes. Il s’en défiait, au point que pendant toute Tannée 1827 il demanda son rappel. On le lui accorda : il s’arrêta pour causer avec Metternich (septembre 1827), à Teplitz. Avant l’éclat de Navarin qui le lit ministre, La Ferronays avait ébauché là un projet d’entente avec TAu-