LE TRAITÉ D’ANDRINOPLE (45 SEPTEMBRE
la Révolution dans ses ambitions de conquête, pour rendormir et enchaîner ses résistances, tel fut le programme de Polignac. En composant son ministère, il offrit la marine au vainqueur de Navarin, à l’amiral de Rigny. La manœuvre était claire, « un hypocrite hommage à la gloire nationale )> . Rigny refusa de mettre le ministère de combat, choisi par Charles X, a à l’abri des lauriers de Navarin ».
Polignac ne se découragea pas. Son projet de partage de l’Europe lui parut de nature à procurer bien d’autres lauriers que la maigre palme de l’expédition de Morée. Le Dauphin, au conseil, enthousiasmé, demandait mieux que la Relgique : il voulait offrir à ses futurs sujets la conquête du Rhin. Polignac craignit de mécontenter et d’alarmer la Prusse et combattit cet excès d’enthousiasme.
Il avait raison : la Prusse fit échouer ses plans. Au moment même où Mortemart les recevait à Pétersbourg pour les soumettre au tsar, celui-ci signait la paix à Andrinople avec les Turcs (le 15 septembre 1829). Le roi Frédéric-Guillaume, son beau-père, avait été le médiateur de cette paix qui payait largement Nicolas P'’ de ses efforts.
Le traité d’Andrinople fut en effet pour la politique russe un succès éclatant. Peu de conquêtes effectives en apparence, autres que des places d’Asie, Anapa, Poti, Akhaltzick ou des îles à l’embouchure du Danube. Tout ce que l’Empire ottoman abandonna semblait donné à des nations nouvelles, aux Roumains, aux Grecs, aux Serbes. Mais en réalité la façon dont ces nations étaient constituées marqua un progrès de la puissance russe tel qu’il ne s’en était pas vu en Orient depuis le traité de Kainardji.
Garant de l’indépendance des Roumains, le tsar leur imposait un hospodar de son choix et à vie. Il démolissait leurs forteresses au Nord, les surveillait sur le bas Danube et occupait leur territoire jusqu’au jour où la Turquie lui verserait une forte indemnité de guerre. Pendant cinq ans, de 1829 à 1834, le vrai souverain de ces provinces allait être son lieutenant Risselef. « C’était un protectorat qui devait peu à peu accoutumer l’Europe à la présence de