‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 34 sur 360 · LA DÉMISSION DE DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

LA DÉMISSION DE DUMOURIEZ

doniita avis dès le mois de juin. Il signalait les inquiétudes des Hollandais, prêts à nous attaquer, au premier signal d’une intervention en Flandre, et l’intention bien arrêtée chez les Anglais de soutenir leurs attaques. Dumouriez était clairement instruit : il devait choisir entre les Pays-Bas et une guerre générale.

Il ne le pouvait plus, sans avoir l’air de déserter la cause nationale qu’il avait promis de faire triompher. Il préféra abandonner son poste de ministre des affaires étrangères. Il fil, le 20 juin 1792, un dernier effort diplomatique, un essai d’alliance turque, cette ressource bien usée de la politique française contre l’Autriche. Le 12 juin, il avait donné l’ordre à Semonville d’aller à Constantinople, de déterminer le sultan à reprendre la guerre contre la Russie et l’Empire, en lui promettant le concours traditionnel, mais problé.matique, de la Hongrie, de la Pologne et de la Suède. Puis, pour se dégager d’une situation qui le réduisait à de pareils moyens, Dumouriez aidait Louis XVI à renverser le ministère girondin, et, masquant sa retraite par un acte de courage, il prenait, dans le nouveau ministère, la responsabilité et la conduite de la guerre.

S’il avait cru réparer le mal qu’il avait fait en la déclarant, il fut vite désabusé. Son désir peut-être sincère d’organiser la défense l’amena à faire sur l’état des armées et de la discipline, sur la situation intérieure, des déclarations que l’histoire a enregistrées, mais qui irritèrent l’Assemblée sans la convaincre. Son discours du 15 juin 1792 justifia trop tard la prophétie de Mirabeau : « Nous subirons tous les malheurs, si nous n’avons pas un gouvernement actif et une législation ferme. » A cette date, le malheur était trop certain et trop proche, pour que Dumouriez eût le droit d’en tirer une leçon à l’adresse de ses anciens associés. La majorité le lui fit comprendre. Il le sentit aussi, et, toujours habile, le soir même, il échangeait le ministère contre le commandement d’une armée. Il demandait même un poste d’avant-garde qui lui fournît l’occasion de se signaler.

Page 1