‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 39 sur 360 · LA TERREUR · texte numérisé non relu

LA TERREUR

Théoriciens et ambitieux, les Girondins faisaient de la République un idéal politique propre à leur donner le pouvoir. Les Français n'y voient qu'un fait, la ruine d’une royauté suspecte. Pour eux, il s'agit de ne pas subir la conquête à main armée, les exécutions militaires deBrunsvick, la vengeance des émigrés proscrits, la restauration de l’ancien ordre fiscal et féodal. Crainte ou patriotisme les livrent aux hommes qui ont le sentiment de ces nécessités, qui ordonnent la guerre, et, pour la faire avec succès, créent non seulement une République, mais un gouvernement.

Le gouvernement de Danton, c’est la Terreur. Il ne faut pas confondre la Terreur avec les émeutes sanglantes qui, depuis 1789, ont marqué les principales étapes de la Révolution, ni la faire remonter, comme certains contemporains et comme Taine, jusqu’au 14 juillet. La Terreur a été organisée par Danton, au lendemain du 10 août 1792. L’émeute est Tanarchie perpétuelle : la Terreur est un gouvernement avec ses lois propres, les décrets contre les prêtres et les émigrés, ses rouages, les tribunaux révolutionnaires établis le 17 août, son ministre principal, le ministre de Injustice, le (( ministre du peuple ». Il faudrait presque avoir vécu à cette époque de crise où les émeutes parisiennes favorisaient l’invasion de l’étranger, pour comprendre que des hommes aient pu songer à chercher dans ces passions sanglantes et anarchiques les éléments d’un régime assez fort pour protéger la patrie en danger. Leur propre témoignage pourtant éclaira la nature de leur œuvre, encore aujourd'hui discutée.

Lorsque, le 18 août 1792, instituant le tribunal révolutionnaire, Danton s’écriait : « Que la justice des tribunaux commence, la justice du peuple cessera, » et quand plus tard il ajoutait : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être, )> il formulait un programme. Pour éviter l’émeute désordonnée, la Terreur désigne et livre sans jugement, mais avec une sorte de régularité, les victimes qu'elle irait chercher. L'Etat révolutionnaire prélève méthodiquement l’impôt du sang nécessaire aux appétits de ceux qui l’ont

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