VALMY
constitué. Pour durer et gouverner, il se conserve les moyens de combattre l’invasion. Danton et les jacobins font du massacre régularisé un système. Les crimes de septembre en sont la plus triste application : et c’est plus à leurs yeux qu’une mesure du salut public, c’est le (( premier article de leur credo », selon le mot de Gollot d’Herbois. a La justice, dira plus tard Billault-Yarennes, c’est la volonté du peuple. » Constatant que nulle puissance humaine ne pouvait empêcher le débordement de la vengeance populaire, Danton a imaginé d’en canaliser le cours sanglant. Il a organisé nn tribunal et permis les massacres de septembre. Et « ce grand œuvre terminé, » il appelle les Français aux armes.
On peut être surpris qu’avec un tel préambule, son appel nit été entendu. On l’est moins en lisant dans Joseph de Maistre cette phrase que M. Sorel ajustement relevée : a II s’agit surtout de maintenir l’intégrité de la France et nous ne le pouvons qu’en combattant pour le gouvernement, quel qu’il soit. )) Si détestable que fût dans son principe et ses elfets la Terreur, les armées, les volontaires et leurs chefs l’acceptèrent pour l’énergie qu’elle apportait au service de la défense nationale. Yalmy, leur première victoire, coïncida avec la première séance de la Convention, où, pour les mêmes raisons, les députés se crurent obligés d’absoudre les septembriseurs et leurs chefs.
En elle-même, l’affaire de Yalmy n’était qu’un combat d’artillerie, avec cinq cents hommes à peine atteints de part et d’autre. Ses conséquences furent incalculables : le soir même, les généraux prussiens proposaient un armistice. Le 23 septembre, ils offraient la paix. Le 30 septembre, ils se retiraient sur la Meuse; le II octobre, de Yerdun, ils reprenaient les négociations. Le 23 octobre, le territoire de la République était complètement évacué. L’ennemi avait employé cinq mois à forcer nos frontières : un mois, presque un jour, la rencontre de Yalmy, avait suffi à les lui reprendre.
Les Allemands avaient cru l’occasion propice de dé-
LA RETRAITE DES PRUSSIENSpouiller I.t monarchie française. Ils rencontraient nn peuple résolu à se défendre; à sa première résistance, ils reculaient, surpris et même sympathiques. Les généraux et les politiques sentaient leurs calculs déjoués, leurs troupes compromises et découragées, et les volontaires de la France (( comme de petits coqs dressés sur leurs ergots, prêts à tout ». Les soldats ennemis, le soir même de Yalmy, semblaient former des vœux pour cette nation consciente d’ellemênie désormais, comme si sa résistance venait de leur révéler à eux-mêmes le secret d’une existence nouvelle : a De ce jour, disait Goethe au bivouac à ses compatriotes, date une nouvelle époque de l’histoire du monde. Vous pourrez dire, j’y étais. » Combattre une nation tout entière, sans être assuré de ses propres sujets, parut aussitôt aux souverains allemands une affaire malaisée, dont les profits pourraient ne pas couvrir les risques. Il y a des parties qu’il faut gagner du premier coup : « On s’est flatté, disait Mercy, de suppléer à tout par la force, et la force a manqué. Les Français ont supporté l’épreuve décisive, celle qui a fait la ruine des Polonais et la puissance des Américains. Cette nation a vu les armées étrangères sur son territoire et elle est restée inébranlable dans ses idées. Il faut renoncer à l’espoir d’enchaîner une nation entière, une masse de 24 millions d’hommes, abandonner la contre-révolution et les émigrés. » En résumé, Yalmy sauva la France en retirant à ses ennemis l’envie et l’espoir de la perdre.
Iis réfléchirent qu’il était plus aisé et meilleur d’achever la Pologne que d’entamer la République. Les Allemands s’étaient flattés de dicter des lois à l’Europe. En s’attardant à l’ouest, ils risquaient de voir Catherine leur en dicter en Orient. La tsarine plaisantait leur déconvenue, ne leur fournissait aucun secours, et se hâtait d’annexer les Polonais a son empire, assurée de vaincre « les jacobins de la Yistule ». Pour la surveiller les Prussiens et l’Autriche quittèrent précipitamment les rives de la Meuse et du Rhin. La guerre à l’ouest « n était' plus ce qui les intéressait ». Le 24 octobre, le roi de Prusse, son ministre Haugwitz et