L’EUROPE ET LA RÉVOLUTION
qui s’accomplit entre 1789 et 1799, œuvre française avant tout.
Sans doute, par la place que la France tenait depuis longtemps en Europe, que ses écrivains au dix-huitième siècle lui avaient conservée, un tel changement dans ses destinées ne pouvait passer inaperçu. Il se fit en outre dans des conditions qui lui donnaient la valeur d’un exemple et presque d’une leçon. C’était à la fois une démonstration philosophique et l’application d’un dogme. L’esprit géométrique et classique du siècle, l’enthousiasme des Français lui donnèrent dès le premier jour ce caractère : « La révolution qui s’achève parmi nous, disait André Chénier, le 27 août 1790, est grosse des destinées du monde. Les nations qui nous environnent ont l’œil fixé sur nous. On peut dire que la race humaine est maintenant occupée à faire sur nos têtes une grande expérience. Si nous réussissons, le sort de l’Europe est changé : les hommes rentrent dans leurs droits, les peuples dans leur souveraineté usurpée. »
Mais de ces rêves généreux et de ces conceptions sur le sort futur de l’Europe à l’idée de lui imposer des formes politiques nouvelles, pour son bonheur et par droit, il y avait loin. La Révolution qui, pour la France, était une nécessité n’était pour ses voisins qu’une expérience, où la force n’interviendrait pas, dont les souverains pourraient profiter comme les peuples, pour leur avantage mutuel : <( Les rois, frappés du succès de nos travaux et séduits par l’exemple du roi des Français, transigeront peut-être avec les nations, et, peut-être instruits par nous, des peuples plus heureux que nous parviendront à une constitution plus équitable et libre, sans passer par les troubles et les malheurs qui nous auront conduits à ce premier des biens. » Langage d’apôtres et de philosophes, confiants dans la justice de leur cause, la puissance de la vérité et la contagion de l’exemple.
La façon dont les événements de 1789 furent accueillis par les peuples était de nature à accroître cette confiance, à confirmer ces illusions. L’Europe les regarda avec sym-